Le disque de juin de Swissvibes: Tobias Preisig “In Transit”

Tobias Preisig © Likta Hanzkova

Dès les première notes, on pressent que la musique de Tobias Preisig est intense, de celle qui vous prend et vous emporte comme une lame de fond avant de vous redéposer sur une berge, repus et heureux. Tobias Preisig est un surdoué du violon, doublé d’un boulimique. Jugez plutôt: A 31 ans, il a déjà enregistré trois CDs dont deux sous son nom sur des labels internationaux, joué au Montreux Jazz, à la Mecque du free jazz de Willisau et au Menuhin Festival de Gstaad. Dirigeant son quartet depuis 2003, il n’en multiplie pas moins les projets spéciaux avec Georges Gruntz, Dieter Meier, Christian Zehnder ou Rusconi.

Evidemment, avec un tel pedigree, sa musique n’est plus vraiment classable. Ni jazz, ni classique, ni théâtrale, ni free, mais un peu de tout ça en même temps. Pour définir son dernier CD, «In Transit », il parle d’un « voyage à travers un pays dont l’apparence se transforme continuellement ». De fait son violon nous emporte sur des thèmes archiconnus (« Hallelujah » de Leonard Cohen) comme sur des compositions de son cru. Serein ou tempétueux, il joue des montées en puissance, passe des sonorités acoustiques à des stridences presque intenables. En transit entre passion et séduction, ferveur et démon, sa musique est de celle qui sont là pour rester.

Tobias Preisig, « In Transit » (Traumton)

Rusconi et Preisig créent l’événement Cully Jazz Festival

Le projet était audacieux et deux des musiciens de jazz suisse les plus aventureux du moment ont relevé le défi. En janvier dernier le violoniste Tobias Preisig et le pianiste Stefan Rusconi ont investi le temple protestant de Cully pendant trois jours pour préparer une création. Trois mois et quelques répétions plus tard, ils sont de retour dans le cadre Cully Jazz Festival. Samedi 14 avril 2012, à 18 h, alors que le public est sagement assis sur les bancs du parterre de l’église, ils s’installent au balcon, invisibles d’en bas. Une drôle d’idée? “C’est le concept de base de la musique d’église, s’exclame un peu avant le concert Stefan Rusconi, ne pas voir les musiciens permet de mieux se concentrer sur les sons et, dans un contexte religieux, de se rapprocher de Dieu“.

Les deux musiciens complices ont quant à eux choisi d’expérimenter. Tobias Preisig tire des sons étonnants de son violon avec lequel il semble danser et frappe parfois de son pied droit une caisse-tambour posée au sol. Stefan Rusconi tente de dompter le vieil orgue du temple. La vidéo ci-dessous montre le tout premier morceau du concert. Le public, en bas, est encore un peu déconcerté par cette prestation “à l’aveugle”. Après quelques morceaux il est conquis et se met à applaudir à tout rompre. A signaler également l’apparition de la chanteuse Evelinn Trouble dans un gospel fort peu orthodoxe en final. Un autre moment intense de cette prestation malheureusement non-filmable vu le manque de lumière.

En 2012, le Cully Jazz fait la part belle aux artistes suisses

Tobias Preisig

Le Cully Jazz Festival a trente ans. Depuis 1982, le festival vaudois a su grandir s’en prendre la grosse tête. Il a d’ailleurs décidé de ne pas se lancer dans une opération de commémoration aussi coûteuse que pompeuse. Fidèle à son esprit, fidèle à la passion qui l’anime, il a décidé de laisser la place à la musique; tout simplement..

Du côté des artiste suisses, il y aura beaucoup de très bonnes choses, à commencer par un vieux de la vieille, Al Comet (l’homme des samplers des Young Gods) qui investit le caveau HBBC les deux weekends du festival.

Autre moment fort, samedi 14 avril au Temple le Kaléidoscope String Quartet, à mi-chemin entre musique classique, contemporaine et jazz. Un projet emmené par le violoniste Tobias Preisig. Ce-dernier poursuivra la soirée en duo avec son ami Stefan Rusconi qui martèlera pour l’occasion les touches de l’orgue du Temple.

Mercredi 18 avril, le pianiste Marc Perrenoud viendra présenter son tout nouvel album sur la grande scène en première partie de Branford Marsalis. Un challenge qui fera sans doute monter son taux d’adrénaline à des hauteurs intéressantes …

Quant au Tessinois Frank Salis, il fut la révélation du festival Off l’an dernier. Il fera valser son orgue Hammond et son groove lors de la soirée d’ouverture du 13 avril en première partie de Amp Fiddler !

Sevdah Dragi Moj

Beaucoup de musiciens suisses seront également présents dans les caveaux.Carte blanche au label biennois de musique électronique Oh My au Jardin. Dans le tout nouveau caveau Weber, l’association Addis Sounds propose un parcours du blues qui passe de l’Afrique à la Grèce et à la Bosnie. Le tout orchestré uniquement par des musiciens suisses ou résidents en Suisse. Nous y reviendrons.

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