C’ho 10 anni @ Studio Foce, Lugano

C'ho 10 anniJe me souviens de la première fois où j’ai parlé avec Aris Bassetti. J’avais entendu trois titres de Peter Kernel sur MySpace et nous avions échangé quelques mails ensuite. A la fin de l’un d’eux il me disait, un poil ironique, combien il était difficile d’être Tessinois parfois. Du moins, quand on fait du rock, tant la région manquait alors de structures, de salles de concerts, de festivals ou encore de labels.

8 ans plus tard, tout n’a pas encore changé. Mais c’est un autre monde déjà. Comme MySpace, le désert rock tessinois semble révolu, remplacé par une scène en plein développement et qui fait désormais parler d’elle hors des ses frontières. « Dernièrement, de nouveaux lieux où s’organisent des concerts sont apparus. Surtout, les qualités et les ambitions des groupes tessinois ont augmenté depuis 3 ou 4 ans et ils sont toujours plus nombreux à tourner et à jouer un peu partout dans le monde », observe Aris Bassetti.

Un label, comme gage de sérieux
seul sur scène tom bar mixe garage et electro

seul sur scène tom bar mixe garage et electro

Le musicien de 38 ans n’y est pas pour rien. On the Camper, le label qu’il a créé en 2006 avec sa compagne Barbara Lehnoff a permis l’émergence ces dernières années, en plus de leur projet Peter Kernel, de plusieurs groupes tessinois qui comptent et s’exportent, de Camilla Sparksss (projet solo de Barbara) à The Lonesome Southern Comfort Company. Surtout, il a donné une visibilité au Tessin sur la carte des musiques actuelles. « Je ne sais pas pourquoi, mais les gens prennent plus au sérieux un label qu’un groupe, analyse Aris Bassetti, ce qui permet notamment d’attirer l’attention des médias. C’est en cela qu’avoir un label fait sens au Tessin.»

10 bougies
Viruuunga rejoint Peter Kernel sur scène

Viruuunga rejoint Peter Kernel sur scène

Un label aux airs de famille musicale, qui fêtait son 10ème anniversaire le temps d’un festival à Lugano, organisé durant le week-end pascal. L’occasion, en plus des fers de lance d’On the Camper, de découvrir sur scène quelques nouveaux groupes tessinois à suivre. En tête tam bor, projet solo de Vitti Bastianelli, batteur intermittent de Peter Kernel. Martelant ses frappes sur des boucles synthétiques, le jeune musicien donne vie à un étrange mix entre garage et electro, le tout rehaussé par un chant habité. Plus conventionnel, Viruuunga n’en est pas moins séduisant. Le duo basse/batterie, soutenu par une drum machine, lorgne aussi bien vers le rock psyché que vers les lignes éthérées d’une certaine new-wave. Premier EP à suivre cet automne. Enfin, le trio Niton – invité de dernière minute en remplacement de Rocky Wood – impressionne par sa posture radicale, l’électronique se frottant à un violoncelle polymorphe et à des instruments bricolés, aux sonorités inouïes.

Frissons et futures collaborations
explosion de paillettes pour clore le concert de Peter Kernel

explosion de paillettes pour clore le concert de Peter Kernel

A côté de cette relève, les (déjà) glorieux anciens de la scène tessinoise ne sont pas en reste. The Lonesome Southern Comfort Company distille son folk inspiré, plus rugueux et crasseux sur scène que sur disque, tandis que Camilla Sparksss s’impose en furie electro-lo-fi, faisant saturer les synthés comme peu d’autres. Mais le clou du week-end, c’est bien sûr Peter Kernel. Le groupe à l’origine d’On the Camper clôt ce jubilé avec un indie rock toujours aussi efficace, mais chargé soudain d’une émotion particulière. Les frissons sont palpables quand retentissent les premiers accord d’It’s Gonna Be Great avant qu’une explosion de paillettes ne ponctue la soirée et le festival.

La fête fut belle et pourrait bien laisser plus que de bons souvenirs en héritage. Les deux soirées au Studio Foce de Lugano ont affiché sold-out et donné quelques idées à Aris Bassetti. « Cet anniversaire était aussi une façon pour nous de tester les collaborations possibles entre différents acteurs culturels du Canton en vue de concrétiser un projet auquel nous pensons depuis longtemps, explique-t-il, un festival qui s’appellerait La Tessinoise. C’est notre prochain objectif. » La scène musicale tessinoise n’a peut-être pas fini de surprendre.

Record of the Month (April): Nadja Zela «Immaterial World»

 

zela_2016_4a_rgb©niklaus_spoerriEin Banjo zupft ein repetitives Muster, die Band setzt mit einem bestimmten, akzentuierten Spiel ein, während die Protagonistin durch den mit blauem Industrielicht ausgeleuchteten Gang schreitet – und näher kommt. Sie hat eine elektrische Gitarre, Marke Gretsch, umgehängt und als sie ankommt am Ende des langen Korridors, singt sie nur die Worte: «I’m still alive.»

 

Eine markante weibliche Stimme in der Schweizer Rocklandschaft

Die «Überlebende», die diese Zeile nicht ohne Trotz intoniert, ist Nadja Zela, die glücklicherweise immer noch da ist und seit über zwei Jahrzehnten eine markante weibliche Stimme in der Schweizer Rocklandschaft ist. Erst waren da Bands wie The Whooshings oder Rosebud, später dann Fifty Foot Mama. Ab 2009 veröffentlicht Zela nur noch unter eigenem Namen. Immer war die 44-jährige Zürcherin da, doch nie mittendrin. Denn dazu sind ihre Musik und ihre Stimme zu eigensinnig und unverkennbar. Und vor allem: Zela lässt sich nicht vereinnahmen. Wenn es zu bequem wird, dann bricht sie auf – und geht weiter.

“Ich bin doch nicht Blues! Ich bin auch nicht Rock oder Folk!”

«Immaterial World» ist ihr viertes Album. Sie hat es mit einer neuen, rockigeren Band eingespielt – mit Martin Fischer am Schlagzeug, Michel Lehner am Bass, Nico Feer an Gitarre und Bruder Rico Zela an Orgel und Oboe. Mitproduziert wurde es von Mama-Rosin-Mitglied Robin Girod. «Ich hatte einfach plötzlich wieder dieses Lechzen nach einer Rockband», schreibt sie. Denn ihr wurde es «zu Comfort-Zone-mässig» mit der vorherigen jazzigen Formation. «Ich mag es einfach nicht, wenn eine Szene mich für sich beansprucht. Ich bin doch nicht Blues! Ich bin auch nicht Rock oder Folk! Ich will Zela sein, irgendwas zwischen Bowie, Sister Rosetta Tharpe und Cheyenne aus ‘Spiel mir das Lied vom Tod’», so Zela.

Eine Art kollektive Ahnung

Das Album beginnt mit einem stillen «Prelude». «We are the children of the old world», singt Zela, nur begleitet von ihrem Gitarrenspiel. Sie meint mit dieser Zeile vor allem ihre Generation der «Golden Age Kids in Europa» – «die aufgeklärte, prosperierende, kolonialisierende, missionierende alte Welt.» Eine Welt, die wie der Kapitalismus ihrer Meinung nach ausgedient habe. Die «Immaterial World», die Zela in zwölf Songs besingt, empfindet sie «als eine Art kollektive Ahnung von einer seelischen Verbundenheit der Menschen in ihrem Bestreben nach Liebe, Zusammenhalt und Frieden.» Dies sei nicht religiös oder esoterisch motiviert, sondern rein emotional zu verstehen.

Die Gegenwart und Vergangenheit zu überwinden

Und so klingt denn auch «Immaterial World», das versucht, aufzubrechen in diese neue, bessere Welt – und es aber nicht immer schafft, die Gegenwart und Vergangenheit zu überwinden. Weil: Die Verletzungen, das Elend und Ungerechtigkeiten der momentanen Gesellschaft, sie geben den Ton mit an, beispielsweise im schroffen «I’m Still Alive» – einem der Schlüsselsongs der Platte – oder gleich darauf in «Break Every Bone». Und selbst wenn die Band ausgelassen aufspielt wie in «Sunday Morning» fühlt sich die Sängerin allein. Aber: «I try to carry on», weil es muss weitergehen, irgendwie.

Es gibt aber auch Hoffnung, und Aufrufe zu mehr Solidarität wie im grossartigen «Mercy on the Weak», in dem Zela und ihre Band eine entspannte und doch dringliche Gospelspielart entwerfen. Überhaupt: Diese Band folgt Zela und ihrer Stimme überallhin – sei es im Reggae «Level Off Level Out» oder im abschliessenden und tröstenden «Homeless Son» – und es ist zu hören, dass hier etwas gemeinsames entstanden ist, das mehr ist als nur eine weitere beeindruckende Soloplatte. Denn es ist so (und da darf man schon mal pathetisch werden, etwas, das dieses Album zu keiner Zeit ist): Nur gemeinsam ist sie zu erreichen, diese «Immaterial World».

Nadja Zela: «Immaterial World» (Patient Records/Irascible)

Konzerte:
16.04., Bundeshaus zu Wiedikon, Zürich
27.04., Kraftfeld, Winterthur
29.04., Le Singe, Biel
30.04., Kammgarn, Schaffhausen
06.05., Palace, St. Gallen
16.07., Café Kairo, Bern
02.09., Neubad, Luzern
03.09., El Lokal, Zürich:
17.09., Kiosk Tabak, Zürich
29.10., Bibliothek, Dottikon

LEON un quartet extrémiste et polymorphe, chapitre 1

A l’origine, LEON est composé des deux bassistes: le Genevois Raphaël Ortis et le Lausannois Louis Schild. Depuis 2011, ils font vivre ce projet avec ses multiples formes et facettes en duo, trio ou quartet, dans l’improvisation, la noise et le rock aux compositions abrasives. Ils sont aujourd’hui entourés de David Meier (à la batterie) et d’Antoine Läng (voix). Antoine Läng a pris la plume pour raconter de l’intérieur le premier concert de la tournée à swissvibes.

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Je goûte le calme d’une matinée qui se prolonge seul, la tête et les membres qui vibrent de ces cinq jours avec LEON, une résidence au Romandie suivie de deux concerts – le premier sur place à Lausanne puis le second, ce soir, au Bad Bonn de Dudingen – qui initient une série en Suisse pour la sortie de notre premier album. Une respiration bienvenue dans cet enchaînement qui imprime déjà sa marque sur le corps – j’ai dormi quelques heures et la fatigue siffle encore un peu dans les oreilles, la tension musculaire dans le cou fait écho aux rythmes dont les secousses parcourent encore mes articulations et ma voix.

IMG_2881(1)Le temps aussi d’une séance d’écoute et de manipulation de l’album-objet, le dépliage de la pochette, la découverte des photos et illustrations de Lisa Bonard et de Michel Bonvin et le caractère aléatoire de l’agencement du tout qui à la manière d’une composition ouverte s’inscrivent dans le même élan que celui de la musique.
Les quelques jours passés ensemble ont justement été consacrés à travailler sur l’équilibre des sons, un point sensible quand le projet repose sur l’articulation de deux basses selon différents modes. LEON cultive cette particularité du double instrumental sous diverses formations – en duo, en trio avec invité puis avec Kasper T Toeplitz – qu’il l’explore dans l’improvisation noise, l’électroacoustique ou le rock, et Louis et Raphael attachent un soin particulier à jouer sur l’ambiguïté des timbres, les complémentarités rythmiques et les rétrécissements/élargissements du spectre, dont les matières servent à produire des ombres, des reflets, des fantômes ou des jumeaux au même titre qu’elles laissent s’exprimer deux personnalités.
Dans le cadre de ce LEON à quatre, ce jeu crée de nouvelles ramifications dans l’appui rythmique de David et dans l’ouverture vers le texte apportés par la présence d’une voix et demande que d’autres équilibres se créent. L’objectif de la résidence au Romandie est de préparer les concerts à venir en visant l’épure, la création de nouveaux espaces dans les morceaux existants et de travailler sur la complémentarité des gestes et leur partage. Deux pièces récemment écrites jouent sur l’articulation des rythmes et des textes. Elles impliquent une distribution des voix entre tous qui ouvre de nouvelles perspectives en matière de jeu et de substitution des rôles qui caractérise le projet.Au soir du premier concert de la série, une certaine fébrilité mêlée d’excitation est palpable. On se plonge alors dans le concert de Massicot et leurs maillages rythmiques faussement bancals, hypnotiques, dont chaque répétition fait monter l’intensité et pare la soirée d’une couleur obsessionnelle de transe. On en oublie la neige de la journée, les embouteillages et les glissades sur la route, l’angoisse avant de commencer. La salle est pleine quand on prend place sur l’avant-scène, de plein pied pour partager au mieux ce travail de quelques jours et une nouvelle étape dans ce parcours de plus de deux ans ensemble, les yeux dans les yeux avec le public, les amis venus fêter ce moment avec nous.

Le concert se déroule bien si j’en crois mes sensations, je me sens porté par la musique et la présence des gens. Pour l’aspect technique l’enchaînement des parties écrites et des improvisations, l’intégration des nouveaux espaces dans les pièces a l’air de bien fonctionner, et surtout les canaux sont ouverts et l’énergie circule. Après une heure dix de concert on sort de scène, croise des regards, on se prend dans les bras. Le sourire et les encouragements font vraiment du bien. Je rentre vite à Genève – histoire de pouvoir chanter le lendemain – porté par l’adrénaline et l’envie de remettre ça.” Antoine Läng

Prochains concerts de LEON

Winterthur, Albani Club, le 18 février
Lucerne, Süd Pol, le 20 février
Bâle, le Flatterschaft, le 22 février 

et en juin au festival Toxoplasmose à St Imier ainsi qu’au 2.21 à Lausanne.

www.l-e-o-n.ch

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