Serge Wintsch à propos de la scène jazz suisse

Francine et Serge Wintsch

Francine et Serge Wintsch

Directeur du JazzOnze+ Festival avec son épouse Francine depuis plus de vingt ans, Serge Wintsch est aussi un musicien à ses heures perdues. Il connaît la scène suisse sur le bout des doigts. D’autant qu’Onze+ était à l’origine une association de musiciens lausannois, rassemblés pour donner plus de visibilité « aux musiques d’improvisation, à la musique contemporaine ». Du haut de ses 25 éditions, Onze+ s’impose aujourd’hui comme un rendez-vous incontournable du jazz suisse  comme international ainsi que des musiques actuelles. Les concerts de jazz ont lieu dans la salle Paderewski alors que depuis 2001, la salle des Fêtes du Casino de Montbenon se transforme en EspaceJazz et propose des concerts gratuits destinés à un public plus jeune, amateur de musiques africaines, de soul-funk ou d’electro.

Le festival a toujours accueilli des musiciens suisses. Parlez-nous de ceux que vous avez invités en 2013 ?
Serge Wintsch Le Who Trio est une valeur sûre. Michel Wintsch (mon homonyme sans être un parent) joue depuis de nombreuses années avec Gerry Hemingway et Bänz Oester. Ce trio s’est rarement produit à Lausanne. Idem pour le guitariste genevois Christian Graf dont le côté rock me plaît beaucoup. Et comme cette année, nous voulions mettre l’accent sur les guitaristes, l’occasion était toute trouvée.

Qu’en est-il de Samuel Blaser et Jean-Lou Treboux ?
Serge Wintsch Samuel Blaser est un extraordinaire inventeur de musiques. Il trace sa propre voie dans la musique improvisée sans s’inscrire dans un genre particulier. Sa formation autant classique que jazz lui a permis d’acquérir des bases techniques solides pour créer avec la plus grande liberté formelle. Jean-Lou Treboux est un jeune vibraphoniste que nous suivons de près. Il a décroché une aide financière institutionnelle pour résider à New York pendant six mois. Cette invitation à Onze+ constitue son premier concert en Suisse avec cette nouvelle formation. Nous ne savons pas du tout ce que cela va donner, mais nous lui faisons entièrement confiance.

Que pensez-vous du jazz en Suisse en 2013 ?
Serge Wintsch Cette scène est extrêmement intéressante et riche. Rappelons qu’en Suisse il y a une longue tradition du jazz. Avant elle existait sans doute plus à l’intérieur des frontières qu’à l’extérieur. Je pense en particulier au Zürcher Jazz Festival qui de 1951 à 1973 fut un lieu de rendez-vous incontournable des musiciens alémaniques comme romands. Mais peu de musiciens s’exportèrent. On peut citer, parmi ceux-ci, Pierre Favre, Daniel Humair, George Gruntz, Irène Schweizer, Matthieu Michel ou Mathias Rüegg (Vienna Art Orchestra). Dans la nouvelle génération, il suffit d’écouter les pianistes, Colin Vallon, Stefan Aeby, Gabriel Zufferey, Léo Tardin ou Marc Perrenoud pour être convaincu que la relève est là et qu’elle possède un haut niveau créatif.

Les musiciens que vous mentionnez se sont souvent intégrés à d’autres scènes, comme Daniel Humair en France ou Pierre Favre en Allemagne. On oublie presque que ce sont des Suisses.
Serge Wintsch Oui, les Suisses sont discrets ! Peu nombreux sont ceux qui se sont exportés et ceux-là se sont fondus dans l’internationalisme du jazz. Ce qui manque, c’est un mouvement spécifiquement helvétique. Il me semble toutefois que les musiciens circulent plus qu’avant, qu’ils collaborent plus entre eux, peut-être aussi grâce à l’apparition d’écoles comme l’HEMU (Haute Ecole de Musique) de Lausanne).

Les conditions seraient donc réunies pour un mouvement spécifiquement helvétique ?
Serge Wintsch Ce serait drôle d’imaginer des tournées internationales avec des ensembles suisses en alternance. Un peu comme le Chicago Blues en son temps. Cela permettrait de montrer le foisonnement de cette scène suisse au reste du monde.

Festival JazzOnze +, Lausanne, du 30 octobre au 3 novembre. www.jazzonzeplus.ch

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Ouverture en beauté de Swiss Diagonales Jazz

Créé au début des années 2000, Swiss Diagonales Jazz est une association qui réunit 25 clubs suisses. L’idée étant de permettre, pendant 5 semaines, à 10 jeunes formations prometteuses de tourner hors de leur bastion. La plupart d’entre eux peuvent être découverts par vidéo sur la chaîne de Swiss Diagonales Jazz sur Youtube. En voici deux exemples:

 

Débats

Pour lancer le coup d’envoi de l’édition 2013, le club Südpol de Lucerne accueillait membres, invités et public samedi 12 janvier.

Après une table ronde évoquant les enjeux et les possibilités de développement du jazz suisse actuel, le long cocktail dinatoire permit aux uns et aux autres de prolonger les thèmes évoqués. A savoir : comment rendre la une scène helvétique plus unie intra-muros ? Comment s’exporter ? Comment développer de nouvelles sources de revenus pour les artistes pour remplacer celles que l’industrie du disque ne rapporte plus ? Une première dans l’histoire de Swiss Diagonales Jazz qui a permis beaucoup d’échanges entre Romands, Suisse-allemands et Tessinois. Dommage pourtant que, malgré la grande affluence, plusieurs clubs membres de l’association Swiss Diagonales Jazz n’aient pas été présents.

Concerts

colin_valon_trioLe soir, place à la musique, avec trois concerts de haut vol. Après la rencontre impressionnante entre les deux batteurs, Pierre Favre et Lukas Niggli, le premier étant le maître du second, le trio du pianiste Colin Vallon a fait sensation. Depuis longtemps, il n’est plus question ici de leader et d’accompagnateurs : Patrice Moret (contrebasse), Julian Sartorius (batterie) et Colin Vallon sont soudés, comme un hydre à trois têtes qui aurait préféré aux pouvoirs maléfiques ceux de la séduction. Structurant puis déstructurant leurs compositions aux titres explicites  «( Telepathy »), ces trois-là peuvent passer de la berceuse la  plus nostalgique à des tourbillons de rythmes et d’impressions. Julian Sartorius a fait le choix d’une batterie minimale, recouvrant parfois ses cymbales d’un torchon. Colin Vallon fait voltiger les notes de son piano, s’arrêtant soudain, comme s’il interrompait une conversation.

nik_baertschs_feat_roninAprès eux, le public est en orbite sur la planète jazz. Nik Bärtsch et RONIN s’imposent rapidement avec leur musique exigeante, précise et percutante.

Les concerts de Swiss Diagonales Jazz se poursuivent dans toute la Suisse jusqu’au 17 février 2012. Infos précises sur diagonales.ch

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