Olivia Pedroli : ” J’ai conçu mes arrangements comme un acrobate évolue sur un fil”

© Yann Mingard Olivia Pedroli, Press portrait 2010Apologie de la dualité, goût pour le minimalisme contemporain et influences islandaises : de passage à Paris pour la sortie française d”A Thin Line”, la chanteuse et compositrice de Neuchâtel Olivia Pedroli dévoile quelques clés d’entrée dans son univers magnétique… 

Si “The Den“  était ce vase clos, dans lequel vous disiez vous être enfermée pour développer votre imaginaire, “A Thin Line“, “la fine ligne“, que sépare-t-elle ?

Olivia Pedroli J’aime développer une thématique pour mon travail. Sur “The Den“, elle s’est imposée en cours de route. Pour “A Thin Line“, je voulais réfléchir à une problématique au préalable, avant même d’écrire une note de musique : il me fallait un concept global qui englobe aussi bien la conception des arrangements que l’écriture des paroles ou la façon de présenter le projet sur scène. Je suis partie sur l’idée des opposés et de l’équilibre. Sans s’intéresser aux extrêmes, mais plutôt sur l’endroit où ces dualités se rencontrent.

Cela se retrouve par exemple dans la composition, où je fais dialoguer les morceaux entre eux – un quintolet de “Mute“ se retrouvera, de manière inversée, sur “Silence“. Certains titres seront axés sur les cordes, d’autre sur les cuivres : j’ai conçu mes arrangements comme un acrobate évolue sur un fil… Même pour le dispositif on retrouve cette dualité, puisque j’ai séparé mes musiciens en deux groupes. D’un côté une formule acoustique à jouer dans les églises, avec un trio de cordes et des percussions légères, dans un travail de dentelle, de fragilité assumée. De l’autre, il y a mon trio amplifié, avec, cuivre, piano et programmations de textures sonores, pour présenter le projet dans les clubs – comme au New Morning, notamment. Nous jouons les mêmes morceaux, mais avec des arrangements très différents.

Travailler à nouveau avec le même producteur, Valgeir Sigurosson, c’était important pour vous ?

Olivia Pedroli Sur “The Den“, je découvrais une nouvelle manière de collaborer avec Valgeir Sigurosson. Je touchais à quelque chose que j’avais envie de vraiment développer. Pour “A Thin Line“, je considérais qu’il important d’approfondir cette collaboration, reprendre un peu là où nous nous étions arrêtés. Mais ce n’était pas difficile, puisque entre-temps nous sommes devenus amis; nous avons beaucoup échangé ces 5 dernières années. Du coup, en studio, nous allions directement à l’essentiel, ce qui permettait d’affiner mieux notre travail. Quant à son influence… J’ai du mal à dire concrètement comment il opère : je l’appelle “l’Alchimiste“, car il a façon de faire croire qu’il ne fait rien, mais il a une influence énorme, qui passe par des trucs subtil, des sous-couches… Il se fond dans les projets pour nous faire aller plus loin.

Sur “A Thin Line”, sur le plan de la composition, on ressent une influence profonde des compositeurs minimalistes du 20e siècle, Terry Riley, Philip Glass

Olivia Pedroli Oui, sur l’album il y a même un humble hommage à Philip Glass, le morceau “Glassbirds“ étant une variation sur une de ses structures. Plus globalement, j’ai beaucoup la répétition – parfois, un motif m’habite et j’ai envie de le faire évoluer. Quant au minimalisme, il y a effectivement une tendance à l’épure sur “A Thin Line“ : je n’avais pas envie de rajouter de la crème, du sucre, de la meringue… Mais si Terry Riley, Philip Glass ou Gavin Bryars ont eu une forte influence, il ne faut pas oublier mes copains compositeurs islandais du label Bedroom Community : Ben Frost, Daniel Bjarnason… leurs projets m’ont beaucoup touchée. Ce n’était pas certainement un travail solitaire.

A propos de minimalisme… vous partez pour six mois en résidence d’artiste à Londres, où il se dit que vous allez travailler avec Gavin Bryars..

Olivia Pedroli Il s’agit en effet d’une résidence de composition, une vraie bulle créative pour se concentrer sur mon travail. Mais ce n’est pas à proprement parler “une rencontre avec Gavin Bryars“, je vais simplement en profiter pour le rencontrer plusieurs fois. C’est un vrai puits de science, qui a travaillé avec Tom Waits, Brian Eno, Robert Wilson : son expérience m’est précieuse…

Olivia Pedroli en concert le 11 mars au New Morning, à Paris
 “A Thin Line“ Bandcamp (CD paru fin 2014 sur le label d’Olivia Pedroli, Betacorn Records)

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Disque du mois : Olivia Pedroli « A Thin Line »

PO.indd« Touchée par la grâce » dit l’Hebdo, « une plénitude musicale rare » affirme le blog Bon pour les Oreilles. « Olivia Pedroli peint des paysages sonores d’oiseaux, de vents hurlants et de bêtes plus sombres qui sommeillent au fond des bois de notre identité. » lit-on sur le site Internet de la RTS.

Une voix habitée, vivante, invitante…

En un mot comme en cent, l’album d’Olivia Pedroli a mis en émoi les journalistes suisses. Et il y a de quoi. A nouveau enregistré dans la capitale islandaise en compagnie du génial Valgeir Sigurösson (Bjork, Coco Rosie, Bonnie Prince Billy, Feist), ce quatrième opus de la chanteuse neuchâteloise, est sans aucun doute son œuvre la plus aboutie.

portrait 5D’abord, il y a cet incroyable travail sur la voix, ciselée avec une précision d’orfèvre tout en étant habitée, vivante, invitante. Une voix en forme de fil rouge d’un album aux univers musicaux forts différents. Musique sacrée, chanson, musiques répétitives unissent leurs forces pour créer un théâtre musical dont les autres acteurs sont les instruments. Des cordes magiques font ainsi place à une guitare acoustique qu’on a l’impression de pouvoir toucher. Puis s’avance un piano hypnotique, des instruments à bois cajoleurs et même une scie musicale.

Une artiste précieuse

On plonge dans cet univers avec délectation en se disant qu’Olivia Pedroli n’est plus seulement cette jeune fille rousse au charme instinctif. Elle a grandi, muri et s’impose désormais comme une artiste précieuse. Elle joue ce soir à Paris au Centre Culturel Suisse avant une série de dates en Suisse. Ne la ratez pas !

 

Olivia Pedroli, “A Thin Line” (Betacorn-Cristal Records/ Dist Harmonia Mundi)
http://oliviapedroli.bandcamp.com/album/a-thin-line

Paris, Centre Culturel Suisse, le 7 octobre 2014
Meyrin, Salle Antoine-Verchère, vendredi 17 octobre, 
Le Locle, La Grange,  Jeudi 27 et vendredi 28 novembre, 
Pully, City-Club, samedi 29 novembre
Berne, Bee-flat, dimanche 30 novembre
Fribourg, Nouveau Monde, 7 décembre

La dentelle d’Olivia Pedroli

op_media32Deuxième création présentée dans le cadre du Cully Jazz, la chanteuse neuchâteloise Olivia Pedroli présente au Temple les chansons de son album A Thin Line, en avant-première.

En 2010, elle était passée de « Lole » – un projet de chanson pop, un peu folk – à « Olivia Pedroli » en sortant The Den, album intimiste aux textures classieuses ; un changement de cap aussi déroutant que réussi. « J’ai commencé jeune, puis j’ai eu la chance de rencontrer les bonnes personnes qui m’ont permis de révéler ce monde intérieur ». En l’occurrence, le producteur complice de Björk, CocoRosie ou encore Feist, l’Islandais Valgeir Sigurðsson.

“Ces dualités qui règnent en nous… “

C’est naturellement qu’elle est retournée à Reykjavik pour ce nouvel album à paraître en septembre, avec l’envie d’approfondir les choses, de « creuser un sillon, trouver une cohérence ». « Ce sont les dualités qui règnent en nous qui m’ont intéressées, d’où le titre A Thin Line : ces moment très particuliers ou se rencontrent les doutes et les certitudes. Comment aller à la rencontre de nos propres paradoxes, lorsque tout est clair mais rien n’est sûr. Et nous vivons dans une époque où il est nécessaire de jongler en permanence. » Elle évoque un album réfléchit en plusieurs temps, conçut pour un support vinyle qui conditionne en beauté l’écoute de la musique, avec « une grande recherche sur la forme ».

Hiver nomade et printemps acoustique

Son parcours classique de violoniste lui a permis d’apprendre à composer la musique, chose qu’elle tend à faire de plus en plus. “Il y a trois univers assez distincts que j’aime faire se rejoindre: une écriture folk, les arrangements classiques avec des cordes ou des cuivres, et une architecture sonore faite de textures électroniques.” Elle a dernièrement composé pour le film “Hiver Nomade”, pour lequel elle a été nominée au Quartz du Cinéma Suisse, et travaille actuellement sur le thème du loup avec le Musée d’histoire naturelle de Neuchâtel. Des collaborations transversales qui permettent un autre regard, et de souvent découvrir “la beauté insoupçonnée des choses simples”.

L’exercice de ce soir au CullyJazz Festival – réarranger ses morceaux pour une petite église – est une belle « zone de frottement ». En tentant le tout acoustique, il lui a fallut trouver des alternatives aux textures électroniques, s’approprier les résonances, « jouer avec les contraintes, ce qui amène paradoxalement une forme de liberté, car il faut aller dans le fond plutôt que plus haut ou plus loin. » Travail harmonique, improvisation des textures, beaucoup d’écriture. Pour l’occasion, elle s’est entourée de musiciens qu’elle connaît bien aux violon, violoncelle, percussions et contrebasse. Un projet qu’elle espère ensuite faire tourner dans des lieux insolites, en marge de sa formation électrique en trio (Rhodes, électronique, piano), à l’automne. On pourra revoir cet ambitieux projet acoustique dans la sublime Abbatiale du Bellleay le 5 juillet prochain.

Le site d’Olivia Pedroli

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