Hell’s Kitchen “Red Hot Land”

HELLS-KITCHEN-Red-Hot-Land« Laisse moi essayer quelque chose de neuf » entend-on, d’une voix plaintive, au détour du cinquième album des Hell’s Kitchen, « Red Hot Land ». Passé de Dixiefrog à Moi J’connais, le label des amis de Mama Rosin, les vétérans du blues genevois, quinze ans de scène au compteur, ont voulu aller voir ailleurs si le Delta y était. Ho, bien sûr, les acteurs de base sont toujours en place, Bernard Monney et sa voix broussailleuse au dessus du bottleneck, Cédric Taillefert et sa batterie faussement déphasée, Christophe Ryser et sa basse foudroyante.

Mais, à l’inverse du blues classique, identifiable à l’enfer guindé où des serveurs coincés débitent mécaniquement leurs syncopes précises et prévisibles, le trio genevois semble s’être mué en garçon de rade prêt à faire trembler les assiettes sur son bras tatoué : on croit s’attendre à un plat, un plan, une attitude, et c’est toute autre chose qui arrive.

« Red Hot Land » rompt un peu plus avec leur goût du blues minimaliste. Là un rythme de marche militaire dérisoire, ici un banjo qui parle tout seul, une corde un peu aléatoire répond à une mélodie précise, un vrai refrain fait contrepoint à un yaourt rockab, une ambiance New Orleans laisse la place à un accès de cris sauvages. Et s’il s’entend encore, leur blues sauvage des alpages s’efface derrière des balancements folkpop. A qui la mue ? À Robin Girod de Mama Rosin, à la fois producteur et compagnon d’entrain, venus apporter sa gouaille échevelée sur certains morceaux. A Matt Verta-Ray, à plus forte raison : la moitié de Heavy Trash, qui a mixé l’album à New York tout en s’invitant lui aussi sur certains titres, a contribué à trouver le son juste. Celui qui relie les énergies primales de Hell’s Kitchen à ses meilleures idées.

Disque
Hell’s Kitcehn “Red Hot Land” (Moi J’Connais/Irascible)

Concerts en France:
Paris, Mécanique Ondulatoire, le 12 novembre 2014
Lyon, bar des Capucins, le 13 novembre 2014
Annecy, Le Brise Glace, le 14 novembre 2014

Fontaine, La Source, le 15 novembre 2014

 

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Le disque du mois d’octobre de Swissvibes: Mama Rosin “Bye Bye Bayou”

 Ça y est: le nouveau disque de Mama Rosin sort aujourd’hui. Pour fêter la chose, les deux Genevois – Cyril Yeterian et Robin Girod – et leur batteur grenoblois Xavier Bray ont eu les honneurs d’une session live sur radio Paradiso jeudi dernier. Evidemment, il s’y sont mis en danger. Peu de répétitions, et une attitude bien rock’n’roll pour saluer la sortie de ce « Bye Bye Bayou ». « Pourquoi des adieux au bayou? » les questionne le journaliste Yann Zitouni. « Un clin d’œil à Alan Vega dont nous sommes fan et qui a fait un morceau du même nom»  répond Robin. Et aussi une volonté de sortir d’une niche dans laquelle ces trois-là auraient eu tôt fait de sentir à l’étroit. A l’écoute de ce nouvel opus enregistré à New York et produit par un autre punk, Jon Spencer, on mesure l’évolution du groupe. Qu’on se rassure, la démarche s’ancre toujours dans le Sud des Etats-Unis, entre Louisiane et cajun. Armés de leurs guitares électriques, banjo et mélodéon amplifiés et d’une batterie bien méchante, les Mama Rosin s’amusent pourtant à désosser le genre. Ils aiment la distorsion et un son « sale » et c’est plutôt excitant. Mais ils n’en perdent pas la tête pour autant et n’oublient pas les mélodies entêtantes. « Paraît qu’y pas la Temps » est déjà bien présent sur les ondes radio. Ils prennent d’ailleurs parfois leur temps, comme sur ce « Mama Don’t », aussi lent qu’inquiétant, où l’on croirait presque entendre les loups hurler. Sans cesser de s’ancrer dans différentes courants, de se référer à telle ou telle personnalité culte, les Mama Rosin s’émancipent et développent leur propre univers.

Au Studio 15, le trio attaque avec « Marilou », une chanson dédiée à la fille de Cyril et donc…. à la nièce de Robin. Car les Mama Rosin c’est aussi ça, une histoire de famille et de potes. Une sorte de communauté où, avec les moyens du bord, chacun met la main à la pâte, de la pochette de disques à leur label (Moi J’Connais Records) en passant par la réalisation de clips vidéos. Et puis il y a cette énergie si particulière qui fait que même quand ça ne tombe pas juste, tout le monde s’en fout car le moment est savoureux et qu’on n’est pas là pour se la jouer. Les Mamas, comme beaucoup les surnomment en Suisse romande, sont sur le point de s’envoler pour une tournée anglaise d’une trentaine de dates. Un tour de force quand l’on sait à quel point ce marché est peu perméable. Ils s’attaqueront ensuite à la France en 2013. En attendant, vous pouvez toujours savourer sur le net les nombreuses vidéos dont ils vont vous abreuver ces prochains jours. Et écouter leur interview sur Couleur 3.

 Mama Rosin, « Bye Bye Bayou » Moi J’connais Records.

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