Tobias Preisig: « Playing solo makes you stronger »

Tobias solo_3Après nous avoir séduit avec son quartet, après nous avoir surpris avec son projet électro Egopusher, le violoniste Tobias Preisig s’attaque à un autre exercice de haute voltige : le solo. Une première à voir dans le cadre des soirées Swiss Vibes du Montreux Jazz Festival au Château de Chillon le 10 juillet (quelques places sont à gagner, voir au bas de cet article). Autre invité de la soirée, l’excellent trio suisse-allemand, Vein, que nous vous avons déjà présenté sur ce blog. Alors qu’il st entrain d’enregistrer à Chamonix, Tobias Preisig a répondu à nos questions par téléphone.

 

Pourquoi avoir choisi d’essayer la formule solo ?

Tobias_solo_1Tobias Preisig: C’est un nouveau défi pour moi. Faire un concert en solo implique de gérer en même temps les rythmes, la mélodie, la situation du moment. C’est très difficile, très extrême, mais ça amène aussi des nouvelles idées, ça permet d’avancer musicalement. Le pianiste Bojan Z m’a dit une fois « playing solo makes you stronger ». C’est très vrai. Pour une prestation solo, on doit être très conscient de ce que l’on est et de où on veut aller.

Cela dit, un concert de violon solo est moins courant qu’un concert de piano-solo ?

Tobias Preisig: Oui bien sûr. Le piano est à la fois un instrument mélodique, harmonique et rythmique. Il se prête plus facilement à l’exercice du solo. Evidemment avec le violon, c’est plus risqué. Pour être honnête, j’avoue que ma grande crainte est d’ennuyer les gens, un peu comme une chanteuse d’opéra qui chanterait pendant une heure… Le plus dur de ma tâche consiste à garder l’attention, captiver le public pendant toute la durée de mon solo.

Est-ce que vous allez utiliser les pédales d’effet que vous utilisez dans le projet électro Egopusher ?

Tobias Preisig: Le top du top serait bien sûr de faire un concert solo avec seulement un violon. Un peu comme Marc Ribot le fait avec une guitare solo. Les concerts en solo de Marc Ribot sont d’ailleurs une source d’inspiration pour moi…

Ceux du chanteur Phil Minton aussi, même si les deux n’ont rien à voir.

Mais, je n’en suis pas encore là ! J’utilise quelques pédales d’effets sur certains morceaux, mais j’ai aussi plusieurs morceaux où je ne joue que du violon.

Avez-vous créé un répertoire spécifique pour ce concert ou réadaptez-vous d’anciens morceaux ?

Tobias Preisig: C’est un répertoire entièrement nouveau. Je ne trouve pas très intéressant de reprendre des anciens morceaux et de les adapter. C’est plus excitant de faire quelque chose d’entièrement nouveau

Pourquoi le choix du violon ?

Tobias Preisig: J’ai toujours joué du violon. Je ne sais pas pourquoi. Ça a été un choix intuitif. En même temps, le violon n’est pas si important pour moi. Quelque soit l’instrument, le musicien dévoile sa personnalité musicale. J’aime sincèrement le violon, mais je pourrais aussi jouer d’un autre instrument. C’est la même chose pour mes différents projets: en quartet, en duo ou en solo, je parle toujours la même langue.

 

Vein et Tobias Preisig seront en concert au Montreux Jazz Festival, Château de Chillon, le 10 juillet, 21 :00.

10 places à gagner  pour ce concert pour les 10 premiers mails envoyés à e.stoudmann at gmail.com et intitulés “Invitation 10.07” avec nom et prénom du participant.

 

 

 

Roman Nowka, Jazz Master à sa manière

1907597_10152074424737712_93029093_nLa soirée « guitare » du CullyJazz Festival nous a révélé un magnifique musicien : avant Marc Ribot et Medeski Martin & Wood avec le guitariste de Wilco Nels Cline, jouait le jeune Biennois Roman Nowka, en solo.

On le savait alors bassiste dans le fameux Lucien Dubuis Trio, guère plus. Curiosité et impatience de voir une nouvelle figure sur cette belle grande scène, devant un parterre noir de monde. Tout sourire, accent fleuri en prime, Roman Nowka nous dira ensuite : « La musique, ça me plaît quand il y a de l’espace et que c’est fragile. » Nous étions donc tous au bon endroit.

 

“Il faut être présent, jouer ce qu’on aime, et ne pas avoir peur”

Nonchalant et jovial, il a entonné de petites ritournelles sympathiques, assez techniques et décalées, avant de nous happer dans un univers d’une belle intensité. Prendre le temps de bien rajuster son micro, de trouver ses mots pour dire peu mais bien, de modifier un réglage sans se presser. Un peu drolatique car « normalement on doit toujours montrer qu’on est fort ; mais moi ce qui m’intéresse c’est le concert : simple, joyeux, honnête. » Peu à peu le public s’est tu, avant de littéralement flotter avec lui, très attentif. « C’était prévu, je savais – enfin ! je ne savais pas si ça allait marcher –  mais c’est l’effet que je recherchais. »

En avril sortaient simultanément deux albums : un solo nommé Jazzmaster – « c’est juste parce que c’est le nom de la guitare Fender que j’utilise, elle était tellement cher ! c’est un peu nul comme nom » – mais aussi un très beau disque de reprise de Duke Ellington en trio, Do Da Ellington, avec Thobbias Schramm à la batterie et Samuel Kühn à la basse. Avant, il y a encore eu Me Myself and I en solo « parce que j’aime bien être seul avec ma guitare n’importe où, c’est comme ça que j’ai commencé. »

“J’écoutais à fond Michaël Jackson, David Hasselhof”

Boire un café avec Roman Nowka, c’est aussi parler pêle-mêle de souvenirs de la Californie où il a grandi, de son père guitariste classique, de sa mère vendeuse de sandwiches à Venice Beach, des thérapies d’Arthur Janov, de sa formation en haute école de musique et de son amour de la pop – « J’écoutais à fond Michaël Jackson, David Hasselhof, . Le jazz pas tellement en fait, à part Monk ou quelques trucs. »

Comme avec la poule et l’œuf, on ne sait jamais trop si c’est la candeur qui fait le grand musicien, ou l’inverse. Roman Nowka est de ces gens-là, qui donnent au monde une musique presque céleste. Il travaille aujourd’hui à un autre album solo, à sortir en 2015 probablement. Un bel artiste à surveiller, car « on s’améliore toujours ».

www.romannowka.com

Disque du mois: Lucien Dubuis, le New-Yorkais

Lucien Dubuis Trio coverLucien Dubuis pourrait être né dans le Lower East Side et avoir grandi au Stone de John Zorn où on l’aurait biberonné au son des Beastie Boys. Au lieu de quoi, il a vu le jour à Porrentruy en 1974 et son trio est basé à Bienne. Musicalement, disons que le saxophoniste est New-Yorkais d’adoption. Après y avoir enregistré son précédent album en compagnie de Marc Ribot (Ultime Cosmos, Enja Records, 2009), une résidence new-yorkaise de six mois, en 2011, a accouché du cinquième album de son trio que complètent Roman Nowka (basse et guitare électrique) et Lionel Friedli (batterie). En choisissant un titre, Future Rock, qui sonne comme une déclaration d’intention, Lucien Dubuis continue de creuser le sillon d’un jazz contemporain sur une assise binaire. Si le fond est ambitieux, la forme sait aussi être sexy voire ludique : clins d’oeil exotiques (« Lançang »), surf music (« 4 Wände »), solo de guitare digne de Michael Hampton (« Yiwu Shan »), rap nerveux (« En descendant de la montagne » qui évoque la collaboration Saul Williams-Trent Reznor). Brillant à la clarinette basse, Lucien Dubuis signe un album qui fourmille d’idées. New York n’a qu’à bien se tenir.

Lucien Dubuis Trio, Future Rock (Unit Records)

%d bloggers like this: