Montreux Jazz Festival: l’art du solo

Le batteur Julian Sartorius et le pianiste Marc Perrenoud confronteront leur art du solo au Château de Chillon le 11 juillet. Tous deux ont accepté de livrer à  Swiss Vibes quelques-uns de leurs secrets de fabrication.
@Reto Camenisch

@Reto Camenisch

Pour le plus grand malheur de ses parents et pour le plus grand bonheur de nos oreilles, Julian Sartorius a la fâcheuse habitude de taper sur tout ce qui l’entoure depuis qu’il est en âge de marcher. Quelque trente ans plus tard, il a fait de cette pulsion profonde son fonds de commerce. Pendant toute une année, il s’est astreint à la délicate mission de réaliser un beat par jour où qu’il soit. D’abord publié sur son blog, son « beat diary » est sorti l’an dernier sous la forme de 12 vinyles accompagnés d’un livre de photos. Depuis l’homme à la batterie écume les scènes les plus diverses. Il joue au milieu du public au Festival Onze plus, tape sur les murs du Musée Rietberg lors de l’inauguration d’un nouveau pavillon et se risque sur la grande scène du Cully Jazz Festival.

 « Le plus important c’est l’espace »

Le 11 juillet prochain, il investira un haut lieu historique, le Château de Chillon, dans le cadre du Montreux Jazz Festival. «  Le plus important c’est l’espace », explique Julian Sartorius au bout du fil alors qu’il attend un avion pour Copenhague. Le jour du concert, je vais tester l’acoustique de la salle avec ma batterie. Selon la façon dont elle sonne, je prépare des accessoires différents, acoustiques ou non ». Dans sa tête les plans des morceaux s’enchaînent, mais la prestation n’est jamais deux fois pareille. L’homme-orchestre peut à tout moment changer de direction, imprimer d’autres couleurs, d’autres harmonies à son set.

« C’est juste toi et le public »

Après s’être fait connaître comme batteur de Sophie Hunger, Julian Sartorius est devenu un amoureux de liberté d’improvisation, même si et surtout si ce travail est plus accaparant. « Quand tu accompagnes quelqu’un, tu peux compter sur l’autre ou le suivre, quand tu es seul, c’est juste toi et le public.». Julian Sartorius propose également dans le cadre du Montreux Jazz festival un duo « totalement improvisé » avec Benoît Delbecq (Montreux Palace, mardi 8 juillet).

 « Je préfère travailler sur les mouvements »

02 Marc SoloForcément l’exercice du piano solo est plus connu que celui de la batterie solo. Marc Perrenoud le conjugue pourtant à sa manière. « Plutôt que de travailler en improvisant sur un base de 32 mesures comme cela se fait dans le jazz, je préfère travailler sur plusieurs mouvements, à l’instar dans la musique classique ».

Solo de batterie versus solo de piano

Pour pousser l’exercice plus loin, le pianiste, dont le dernier CD en trio « Vestry Lamento » a séduit les critiques de New York à Paris, aime prendre pour point de départ une technique ou une texture. Il peut ainsi choisir d’improviser à partir d’octaves ou s’amuser à retranscrire au piano un solo de batterie. A chaque son – la grosse caisse, la caisse claire, les cymbales – il associe des notes, créant ainsi d’autres formes rythmiques sur son instrument. Le but étant bien sûr de prendre un maximum de risques, de chercher à ce que le résultat soit à chaque fois différent.

 « Ne pas se laisser dépasser par ce qui est entrain de se passer »

« Lorsque tu joues en groupe, tu cherches d’abord la résonnance, l’osmose. Le groupe trouve alors sa propre énergie et se met à fonctionner de façon autonome, un peu comme une meute. En solo, tu dois entrer en connexion avec toi-même sans aller trop loin. Tu ne dois pas te laisser dépasser par ce qui est entrain de se passer, garder un temps d’avance, garder le contact avec le public. Tu dois être en permanence ultra-concentré. Il ne peut y avoir que très peu de déchets. »

Les pierres millénaires du Château de Chillon et la féérie du lac au crépuscule ne pourront qu’inspirer la batterie insolite de Julian Sartorius et le piano expansif de Marc Perrenoud. Ne ratez pas ce moment d’exception !

Julian Sartorius solo/ Marc Perrenoud Solo, Montreux Jazz Festival, vendredi 11 juillet, 21 h.

Montreux Jazz goes Switzerland

« Claude Nobs aimait comparer le jazz à un bouquet de fleurs. Plus les fleurs rassemblées étaient d’origines et de couleurs différentes, plus il appréciait le bouquet. Le jazz suisse est lui aussi particulièrement intéressant parce qu’il s’abreuve à de multiples sources culturelles». Stéphanie-Aloysa Moretti (directrice artistique de l’Artists Fondation du Montreux Jazz Festival)

 

L’édition 2014 du Montreux Jazz Festival fait la part belle aux Helvètes. Ouverture des festivités avec Leonzo Cherubini  et sa composition « Flora » pour trois batteries et trois percussions  (dimanche 6 juillet à 17 :00) et clôture avec « Ivresse » de Jérôme Berney, une création mêlant classique et jazz (vendredi 18 juillet à 17 :00). Le pianiste François Lindemann, qui avait joué en son temps à Montreux, est également de retour en quartet (mardi 8 juillet en première partie de Tigran Hamasyan). Quant à Julian Sartorius, il improvisera en duo avec le pianiste Parisien Benoît Delbecq (mardi 8 juillet, 21 :00).

Un week-end de folie dans les différents espaces du Festival
Leo Tardin

Leo Tardin

Marc Perrenoud

Marc Perrenoud

Du 11 au 13 juillet, les artistes suisses investissent la plupart des salles du Montreux Jazz Festival. Jugez plutôt: Le 11 juillet, Julian Sartorius – encore lui, mais en solo cette fois – tapera sur tout ce qui bouge dans le somptueux décor du Château de Chillon, victime du succès de son « beat diary » (un coffret de 12 vinyles qui compte 365 beats, soit 1 beat composé chaque jour pendant une année).

 

Le même soir, Marc Perrenoud fera aussi voler en solo les touches de son piano. Un coucher de soleil musical inédit et intriguant en perspective au Château de Chillon.

Et pour ceux qui sont doués du don d’ubiquité, signalons qu’au même moment, les inclassables Plaistow se produiront au Club juste avant la pianiste japonaise Hiromi.

Quant au maestro Stephan Eicher, il se voit offrir les honneurs de l’Auditorium Stravinski le 12 juillet. Enfin last but not least, Leo Tardin rencontre le percussionniste turco-suisse Burhan Oçal le 13 juillet au Château de Chillon. Nous y reviendrons.

Ne manquez surtout pas de découvrir ou de re-découvrir cette scène suisse en pleine expansion !

Concours

logo_Swiss Vibes-compilInscrivez-vous ici, à la newsletter de Swiss Vibes (ça prend une minute) et  gagnez une des dix invitations pour la soirée du 11 juillet (Sartorius et Marc Perrenoud) ou pour la soirée du 13 juillet (Leo Tardin et Burhan Oçal).

 

 

 

Disque du mois: Marc Perrenoud Trio “Vestry Lamento”

0608917112627_600Cet automne paraissait en Suisse Vestry Lamento, le troisième opus du pianiste Marc Perrenoud, un disque brillant, inspiré, fluide, lyrique….. Marc Perrenoud m’avait informée que le disque devait faire son apparition dans les bacs des disquaires français (un pays où il reste encore quelques disquaires….) en janvier. J’avais donc mis au frigo pendant trois mois mon enthousiasme, en prévision d’une critique “disque du mois” sur Swissvibes.org. Seulement voilà, entre-temps, Vestry Lamento semble avoir séduit les journalistes de la terre entière, ou presque….

“It’s an 8-minute ride that makes you want to hit repeat as soon as it’s over”

A commencer par le saint des saints, le magazine américain Downbeat qui s’enflamme : “The title track opens the set with an incredible bass solo by Marco Müller that kicks off a high-wire groove. Müller and drummer Cyril Regamey lock the rhythm down tight, allowing Perrenoud to glide over the piano with extreme soul in his heart and classical chops in his fingertips. It’s an 8-minute ride that makes you want to hit repeat as soon as it’s over.“

03-Marc-SoloLes Allemands ne sont pas en reste qui affirment dans le dernier numéro de Jazzthetik: „Die Stücke auf Vestry Lamento finden Ruhepole. Sie treiben meist zügig voran, lassen den Zuhörer in leuchtende pianistische Klangfarben eintauchen – und haben dem Rezensenten beim Anhören schon viel treibenden Schwung und Wärme vor allem bei regnerischen Autofahrten durch die Dunkelheit gegeben.“  (Stefan Pieper)

“Même dans ses ballades, il parvient à vous décoiffer”

Quant au quotidien genevois Le Temps, dans son édition du 31 octobre 2013,  il expliquait: “Le pianiste genevois, 32 ans, laisse tomber ses phalanges de compétition, ses gammes à toute bombe: l’odeur du silence sans son goût pesant. Pour tout dire, Marc est un prodige. Parce que, même dans les ballades, il parvient à vous décoiffer.“ (Arnaud Robert).

” Vestry Lamento, c’est à la fois le mouvement vers l’orgasme et la redescente…”

Que dire après cette déferlante d’éloges? si ce n’est que Vestry Lamento n’est pas aussi compliqué que son nom pourrait le laisser supposer. Aux dires de son auteur les choses sont mêmes extrêmement simple: « Vestry Lamento, c’est à la fois le mouvement vers l’orgasme et la redescente…» Pour revenir à l’essentiel, Vestry Lemento est revenu à l’essence de bien des musiques: la gamme pentatonique. Virtuose sans avoir plus besoin de le montrer, Marc Perrenoud ose avancer à visage découvert, ose pousser à bout la puissance de son power trio, ose la mélancolie. Une musique qui ouvre des portes, tire des liens, embarque comme une lame de fond. Un disque vivement recommandé à toutes les oreilles, des spécialistes aux néophytes.

Vestry Lamento | Marc Perrenoud Trio – Télécharger et écouter l’album. Label Doublemoon

Prochains concerts et émissions de radio:

France Musique (F)  “Un mardi idéal”, mardi 21, 22 h 30

Munich (D), Unterfarht, 28.01.14

Berne (CH), Bejazz Club, 31.01.14.

Genève (CH), AMR, 01.02.14

Sion (CH), La Ferme Asile, 08.02.14

Paris (F), Le Duc des Lombards, 13.02.14

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