Swiss Vibes sessions: l’union fait la force! (Paris, Ccs du 2 au 4 juin 2015)

tete_visit-in_centre_culturel_suisse_2014_-sebastienborda-sb20140217073En cette première semaine du mois de juin, le Centre culturel suisse se présente sous ses plus beaux atours. En plein cœur du Marais, la devanture de la libraire fait de l’œil au passant en exposant ses sacs Freitag bien en évidence. Passé les lourdes portes en bois les cours intérieures fleuries transportent en un instant le passant de l’ébullition de la rue des Franc-Bourgeois au calme d’un bâtiment historique. Intra muros, place à la création contemporaine avec Marc-Antoine Fehr et l’installation sonore et visuelle de Dominique Koch.

Les deux directeurs du Centre culturel suisse, Olivier Kaeser et Jean-Paul Felley et leur équipe, travaillent d’arrache-pied pour faire « connaître en France une création contemporaine helvétique ouverte sur le monde et y favoriser le rayonnement des artistes suisses ».

Ça tombe bien, au rayon musique, c’est exactement la même ambition qui anime le blog swissvibes.org. Les grands esprits se sont donc rencontrés au Ccs du 3 au 6 juin 2015 pour présenter trois soirées de concerts aux couleurs musicales différentes. Grâce au soutien de Pro Helvetia (la Fondation pour la culture suisse) et de Swiss Music Export, l’entreprise dut une réussite tant au niveau de la qualité artistique, des échanges que de l’affluence. L’union fait la force!

 

Mardi 3 juin Swiss Vibes goes rock

Pour cette soirée étiquetée rock, la Zurichoise Evelinn Trouble et les Biennois de Puts Marie ont joué des reprises surprenantes.

Evelinn Trouble
Evelinn Trouble ©Simon Letellier

Evelinn Trouble ©Simon Letellier

Evelinn Trouble se sent un peu à l’étroit dans l’auditorium du Ccs et elle le fait bien savoir : en milieu de set, elle attaque le répertoire de Tina Turner plus qu’elle ne la reprend. Pour mieux convaincre des vertus de son « What’s Love Got to Do with it » revu et corrigé version 2015, Evelinn Trouble grimpe les escaliers entre les chaises des spectateurs et se lance dans un ping pong vocal mi-hurlé mi chanté avec les trois autres membres de son groupe. Et si le prochain album « Arrrowhead » de l’excentrique diva zurichoise est censé se décliner en version trip hop, cela ne l’empêche pas de rester une rockeuse et une funky woman infernale qui balance du lourd et séduit par la puissance de sa voix et par son caractère bouillonnant.

Puts Marie
Puts Marie ©Simon Letellier

Puts Marie ©Simon Letellier

Puts Marie choisit quant à lui d’évoquer Sun Ra, le roi du free jazz psychédélique. Sun Ra, le cosmos, la folie : un univers qui parle bien au chanteur Max Usata et à ses acolytes biennois, tous bien barrés et en même temps tellement soudés. Evidemment c’est le chanteur qui attire d’abord l’attention, avec sa gestuelle saccadée, sa voix schizophrène (très haute puis presque cassée), ses deux micros qu’il ne cesse de manipuler, dévisser ou jeter. Mais le groupe disposé en arc de cercle autour de lui n’est pas en reste. Incroyablement soudé rythmiquement – alors que le batteur et le bassiste sont deux nouveau venus -, il expérimente aussi les digressions sonores et les expérimentations en tous genres. On colle volontiers à Puts Marie l’étiquette de blues psychédélique, mais au vu de l’univers développé dans leur prestation d’à peine une heure, cette étiquette semble bien réductrice.

 

Mercredi 4 juin Swiss Vibes goes électro

Même décor, autre ambiance le lendemain avec les expérimentations électro de Larytta et Egopusher.

Larytta
Larytta ©Simon Letellier

Larytta ©Simon Letellier

Le duo lausannois  constitué du designer graphique Guy Meldem et du performer sonore Christian Pahud nous avouait dans l’après-midi fonctionner comme un « vieux couple infernal ». Depuis la parution de son nouvel album « Jura » l’an dernier, il a décidé de faire peau neuve: de deux, les voilà passés à quatre, ajoutant des vrais instruments à leurs machines, ordinateurs et pédales.

Résultat : un show ultra-enjoué qui multiplie les clins d’œil musicaux; ici des guitares africaines, là un chant en portugais. Funky ou techno, les musiciens sautillent comme des balles de ping-pong et ne cessent de changer de place, d’instruments. C’est ludique, dynamique, même si parfois ce chant à quatre voix sur des micros sans cesse différents pose des petits soucis de calage. Une phase de transition pour cette formation qui a plus d’un tour dans son sac et qui sidère par son énergie communicative.

Egopusher
Egopusher ©Simon Letellier

Egopusher ©Simon Letellier

Nous vous avons déjà abondamment parlé de Egopusher dans ce blog. Ce duo constitué du violoniste Tobias Preisig et du batteur Alessandro Giannelli a décidé de lâcher les amarres et de se lancer dans un work in progress permanent. Peaufinant leur morceau sur scène, ils les mettent ensuite à disposition des internautes via soundcloud puis les retravaille, et ainsi de suite. Une prestation qui s’inscrit donc aux confluents de l’expérimentation sonore, des rythmes déconstruits ou répétitifs et des musiques improvisées. Une musique qui semble chercher à revenir vers une pulsion primale, essentielle.

Entendus dans un set flirtant avec la techno au Cully Jazz, puis plus sages dans l’émission de Manoukian sur France Inter le 29 mai, ils se présentent dans une version plus théâtrale et plus subtile au Ccs. Ce dialogue inédit entre la batterie et le violon est aussi visuel. Tobias Preisig travaille son instrument au corps pendant que les baguettes d’Alessandro voltigent sur les fûts. Le principe de l’exercice fait que l’on n’évite pas quelques moments de flottement, mais ce même principe invite aussi à la curiosité, à une attention extrême de la part de l’auditeur qui ne s’y trompe pas. « Vraiment nouveau », « Franchement étonnant », « excitant » sont les commentaires qu’on entend fuser dans l’assistance à la fin de leur set. Quant à Preisig, il définit sa musique comme du « Brahms sous psychotrope ».

 

Jeudi 5 juin Swiss Vibes goes jazz

En Suisse, jazz rime souvent avec diversité stylistique. Le double concert d’Orioxy et de PommelHORSE en fut la preuve.

Orioxy
Orioxy ©Simon Letellier

Orioxy ©Simon Letellier

Orioxy séduit en finesse avec une approche très féminine (que la rythmique masculine veuille bien m’excuser pour ce commentaire). Yael Miller, Israélienne de Suisse, impose sa marque au chant. En hébreu en anglais, entre rap, scat et chuchotements, sa voix tisse un univers d’émotions à fleur de peau, d’impressions parfois enfantines, parfois matures et engagées. Auquel répondent les mouvements du corps habité de Julie Campiche et sa gestuelle précise qui, d’une main tire un foulard entre les cordes de son instrument, de l’autre bidouille ses effets électroniques quand elle ne se sert pas d’une baguette de feutre. Le travail sur le son est subtil, pénétrant. Dans cet univers le cor de Baptiste Germser, l’invité français de la soirée, s’intègre naturellement, comme si il allait de soi. « Dans nos chansons on cherche aussi à exprimer les non-dits» nous expliquait Yael Miller sur ce blog il y a deux ans. Pari tenu au Ccs.

PommelHORSE
PommelHORSE ©Simon Letellier

PommelHORSE ©Simon Letellier

Quant à PommelHORSE, leur fonds de commerce est l’expression en musique de sentiments peu ordinaires : le stress d’un homme devant passer un scanner, les rythmiques techno qui continuent de résonner dans la tête d’un fêtard qui n’arrive pas à s’endormir à l’aube, les frémissements d’un cerf pourchassé. Pour expliquer ce monde de sensations primaires avec beaucoup d’humour, le clarinettiste Lukas Roos joue de son accent suisse-allemand avec décontraction. Lui vient plutôt du classique, le batteur à la rythmique métronomique du heavy metal, le clavier qui est aussi celui d’Evelinn Trouble aime le rock, l’électronique et à peu près toutes les musiques que vous lui nommez…. Vous l’aurez compris chez PommelHORSE, le jazz est un état d’esprit placé sous le signe de l’innovation, de la sensation, de l’énergie, de l’humour. Personnes sérieuses s’abstenir.

Hors de leurs murs, originaires de différentes régions de la Suisse et sans qu’ils ne se connaissent les uns les autres, ces sessions musicales de trois soirs ont permis de faire passer un courant entre ces différents groupes, d’affirmer haut et fort que la scène suisse se porte de mieux en mieux. « J’ai découvert des musiciens extraordinaires et des projets vraiment originaux. C’est excitant et ça donne envie d’en connaître plus ! » s’exclame le pianiste français Alexis Anerilles (qui office entre autres aux côtés de Sophie Hunger), spectateur assidu de ces trois soirées de concerts. Merci à Evelinn Trouble, Puts Marie, Larytta, Egopusher, Orioxy et PommelHORSE pour ces moments enthousiasmants et fédérateurs.

Florian Favre “Dernière Danse”

Florian FavreYou get the sense Florian Favre is wringing as much out of some wood, metal strings, hammers, pedals and keys as he can. Using what he refers to as, ‘his first love’, the grand piano, he works melodies in with rhythmic punches, varying qualities of tone and a rich variety of ideas. His solo album, Dernière Danse (A-Nuk) is an engaging listen and shows off his clear talent and skills, although that could be a point of criticism too.

He has a wonderfully mournful touch
The tracks I favour are those where Florian is getting into a melancholic mood, as in the title track. Maybe it’s the ‘last dance’ in a romantic sense – but as if the affair is over, not beginning. The tempo perfectly captures a dragging feeling of loss, and he broodily uses the deeper end of the piano whilst tinkling high notes almost try to soothe it. ‘Träume Einer Wachspuppe’ (‘Dreams of a Wax Doll’) is just as touching whilst again using this tension between the two ends of a piano to weave a strange and evocative atmosphere. He has a wonderfully mournful touch.

“It was a nice brain training”
When I first met Favre he talked excitedly about his ideas of creating dance-like beats on the piano at the same time as musical tunes. These ideas formed when he was the only member of a backing ‘band’ for a pop singer. Favre says, “I tried the challenge to ‘split the keyboard’ into many different functions, having the end three fingers of my left hand playing bass and the other two playing drum, while my right hand was playing the harmony and melody. It was a nice brain training.” You can hear this clearly when he does a brief cover of Earth, Wind & Fire’s ‘Let’s Groove’ – it’s clever but doesn’t touch me like his original compositions do.

Florian’s timing is impeccable
He can definitely pen a tune, as ‘Jambo’ and ‘Comme de J’aimeu’ testify. The latter uses delicate harpsichord stabs to create an unusual texture underneath the bluesy melody. Again Florian’s timing is impeccable, and with his original twists of melody he makes the piece captivating whilst allowing for groove, swing, and feeling. ‘Oh Lord’ expands on his ability to play southern-style blues and I love the drunken and warped ‘Interlude: The Lonely Turntable’ – it reminds me (in a positive way) of the 1970s English comedian, Les Dawson who crafted sophisticated off-key versions of classics. Florian used a quarter-tone piano to create the effect.

In fact throughout the whole of this album there is a sense of exploration, fun and playfulness. It’s just better when he invests a spirituality as opposed to the moments when I feel there is focus on technique. Florian’s trio recently played a coveted gig at Jazzahead, the huge ‘jazz trade fair’ in Bremen, and when Joshua Redman heard him play in Zurich he asked him to join his band onstage for a jam. There is no doubt that this is a musician to watch for – his passion and emotion when he plays are obvious, and that can count for a lot.

Florian Favre, Last Dance, Label ANUK

Link for next concerts

 

Andreas Schaerer wins ECHO Jazz Award

Andreas SchaererI met Andreas Schaerer two years ago almost to the day, when he was on a week-long course for jazz musicians in the UK. It was about 10pm and he was the last of seven interviews I was doing, we were both pretty exhausted. There’s a softness to people zapped of the energy to be nervous or erect the usual social barriers. The room was lit only by the evening sky outside and Andreas was slumped forward, his head rested in his hands. “I’m a bit f***ed up,” he said. Lack of planning and things going better than expected meant everything was coming at him at the same time, “Too much work, pressure and expectations,” he explained.

In a way he didn’t need to tell me. When I’d checked his website for my research I could see this was a man who liked to say, ‘Yes’ and play ball with everyone who asked. He wasn’t shy of taking responsibility, but that evening it felt like there was a truly heavy weight on his shoulders.

On May 28th of this year, Andreas will be walking up the ‘red carpet’ of the ECHO Jazz Awards to collect International Vocalist of the Year, a prize won by Gregory Porter in 2014. This is massive, not only for Andreas, but dare I say, for Switzerland. Another building block increasing the country’s reputation for distinctive music of quality. It was just as well Schaerer didn’t take my advice to slim down his commitments! Instead he developed bigger muscles to face the challenges, releasing four albums in just over a year. Admirably he also scheduled in time for a proper long holiday with his young family.

As I write this, Andreas is at home in Bern surrounded by sheets of scores he’s composing for his band Hildegard Lernt Fliegen and the Lucerne Festival Orchestra, no less. That’s music for almost 70 musicians from two harps to eighteen violins and a tuba. “There’ll be some Beatboxing meets classical percussion meets three marimbas,” he told me, “there’ll be fairytale-ish harmonic moments and lots of madness….” That sounds about right. It will be a prestigious, one-off concert in Lucerne on September 5th and I can’t wait.

I know it’s not a Swiss characteristic to ‘blow your own trumpet’ (shout about yourselves) so I like to do it for you. Along with the ECHO Award, Schaerer was nominated for the Swiss Music Prize and voted International Newcomer of 2014 by French magazine, JazzMan. Hildegard Lernt Fliegen won the BMW World Jazz Award – both the jury and the audience prizes (!) and their album, The Fundamental Rhythm Of Unpolished Brains was voted as Best Vocal Release of 2014 by New York City Jazz Record. The album Arcanum with Lucas Niggli won the Deutscher Schallplattenpreis and was chosen as a ‘CHOC’ by JazzMan Magazine in 2014. So not a bad year then. And one that clarifies the importance of originality and drive in a highly competitive and crowded market. I think it helps that Schaerer can have an audience giggling whatever their language, we all need a laugh every so often.

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