KIKu adoubé par Blixa Bargeld à Paris

KiKu_Presspic_01_72dpi_1_530_352« Vous êtes là pour Blixa ? » se demande-t-on poliment au sein d’une foule compacte d’où émerge, en connaisseur, la tête du géant (au sens propre) de l’électro analogique parisienne, Arnaud Rebotini. Blixa Bargeld, donc, fait l’attraction de ce premier concert de rentrée au centre culturel suisse. Le fondateur d’Einstürzende Neubauten vient prêter sa voix caverneuse au nouveau projet de KIKu, le duo d’indus jazz romand. Mais, comme pour rester fidèle au titre de leur album, « Marcher sur la tête », Yannick Barman, à la trompette et Cyril Regamey, à la batterie, s’amusent d’emblée à brouiller les pistes. En introduisant le slammeur lausanno-new-yorkais Black Cracker et leur guitariste David Doyon, ils démarrent par une impressionnante session de hip hop noise, tandis que sur l’écran sont projetés les dandinements d’une caméra entre deux murs léprosés. Regamey, métronomique sur sa batterie électronique et Barman, toujours entre miaulements de trompettes et mélodies fugaces orchestrent l’ensemble avec toute leur science du micro silence et du groove impossible.

Quelques morceaux plus tard, après cet échauffement emballant, frémissements : « Blixa », impassible dans son costume trois pièces impeccables, débarque en fauteuil. A peine le temps d’un « Bonjour ! » tonitruant, et déjà les meilleurs morceaux de « Marcher sur la tête » s’enchaînent. Avec « Nuages », longue composition labyrinthique, KIKu tempête sur drone; sur « Belehrung », poème de Herman Hesse contée d’une voix profonde, la trompette chuinte du free jazz; sur le classique new wave des Korgis, « Everybody’s got to learn sometime », d’incongrus apartés pop font leur apparition. Parfois, Blixa lâchera un cri ou soulèvera un sourcil rageur, Régamey laissera l’impression d’être le Tony Martin du free-drone; Barman, la trompette dans la bouche, fricotera avec ses machines (la sainte trinité sampler-ipad-laptop). Mais toujours, sauf peut-être pour le final, qui, à défaut de marcher sur la tête, piétinera les tympans, toujours KIKu, Blixa et Black Cracker réussiront à rester imprévisibles.

Le 20 janvier 2015 au Centre Culturel Suisse de Paris

Egalement le 22 janvier au Bad Bonn de Düdingen et le 23 janvier aux Docks de Lausanne

Album : « Marcher sur la tête » (Everest Records)

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Swiss Jazzed Out: Grand Pianoramax à la bougie

Swiss_Jazzed_Out__Grand_Pianoramax_-_YouTubeMathieu Mastin, concepteur et réalisateur de la série de mini-documentaires Jazzed Out a posé ses valises en Suisse pour y orchestrer des sessions live improvisées.

Swiss Vibes vous propose de (re)découvrir ces quelques minutes de musique hors norme tout au long de l’été.

A Lausanne,  dans les anciennes écuries de Mont-Repos (Lausanne comptait près de 1000 chevaux il y a siècle seulement), Grand Pianoramax, le plus électronique des combos de jazz helvétique joue acoustique et aux chandelles!

La mue de Grand Pianoramax

D’un duo constitué de Leo Tardin et Dominik Burkhalter se produisant souvent avec Black Cracker , Grand Pianoramax s’est transformé en trio avec les mêmes intervenants. La nuance peut sembler légère, mais à les voir sur la scène du festival de la Cité vendredi soir sous une pluie fine qui mouille, elle prend tout son sens. Les trois amis fonctionnent désormais comme un vrai groupe, organique qui se nourrit des apports des uns et des autres. Et non plus seulement comme un projet dirigé par Léo Tardin. D’ailleurs celui-ci a tombé le costard. Il lui préfère une tenue plus décontractée (jeans et pull) et les cheveux en bataille. La musique aussi est devenue plus douce plus subtile, les synthétiseurs ne sont plus seulement un rempart de sons, mais égrènent désormais des mélodies un brin nostalgiques « Nous avons décidé de revenir à quelque chose de plus sensible, plus émotionnel, je joue désormais beaucoup plus de piano Rhodes » explique Leo Tardin au sortir de la scène. Au duel avec la batterie de Dominik Burkhalter, il préfère également jouer la carte de la complicité. Le flow de Black Cracker semble lui aussi plus fluide, plus soft. N’oublions pas que si le projet solo du rapper new-yorkais est assez hardcore, il s’est fait connaître à l’origine dans les milieux du spoken word. Cela se sent. Grand Pianoramax pourrait être la réincarnation de Jazzmatazz en 2012. Non pas tant au sens strictement musical, mais par sa vision du jazz, pas son modernisme, par sa capacité à faire table rase et à tout recommencer. Un nouvel album est prévu en 2013. Et un concert est encore prévu au Parc de la Grange à Genève dans le cadre de Musiques en été, le 25 juillet avec en invité spécial le chanteur de soul de Chicago Jesse Boykins III.

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