Piano sous toutes ses formes

Le pianiste Marc Perrenoud se prépare à enregistrer un nouvel opus en trio avec ses complices Cyril Regamey (batterie) et Marco Müller (basse). Son précédent opus, «Logo», dans cette même formation avait été une des meilleurs ventes de jazz en Suisse l’année de sa parution (2008). Sobre, classique et romantique. Rencontré au Cully Jazz Festival, Marc Perrenoud explique son approche du piano.

Vous n’avez pas trente ans et vous travaillez déjà à la réalisation d’un troisième album sous votre nom?

Marc Perrenoud Je n’ai jamais vraiment joué les sidemen. Sitôt mes études terminées, j’ai travaillé à mes propres projets. En solo, en duo et en trio. C’est drôle: quand j’ai fait un disque en duo avec Sylvain Ghio (piano-batterie), les gens trouvaient ça bizarre et un peu dérangeant. Maintenant que je fais un trio, on me reproche parfois de ne pas être original.

Qu’est-ce qui vous plait dans ce format trio?

Marc Perrenoud C’est le plus petit groupe qu’on puisse imaginer. C’est ça qui intéressant. Notre trio, s’inspire du jazz américain, mais aussi de la musique classique. Mes deux parents sont des musiciens classiques et j’ai commencé par faire du piano classique. Ce n’est qu’ensuite que je me suis tourné vers les musiques improvisées, puis le jazz. Nous proposons des compositions originales. Mais nous aimons aussi reprendre des classiques. Je dirais même parfois des archétypes du jazz, comme «Alone Together» qui figure sur la compilation Swiss Vibes. C’est un morceau des années 30, complètement éculé qui se joue dans toutes les écoles de jazz. Ces morceaux chargés d’histoire sont des défis qui nous stimulent.
Quels sont vos autres projets?

Marc Perrenoud Je travaille avec Piano Seven. Faire de la musique entre pianistes, c’est quelque chose qui n’arrive jamais. C’est excitant, c’est inspirant. Le groupe va fêter ses 25 ans en 2012 et je suis son plus jeune membre. François Lindemann a deux fois mon âge. Ça aussi c’est intéressant: travailler avec des gens qui ont une autre approche de la musique, qui ont connu la musique différemment. C’est à la fois une richesse et un partage. J’ai aussi été mandaté par deux producteurs de la Radio Suisse romande pour être le pianiste, arrangeur et coordinateur artistique d’un spectacle qui va raconter l’histoire du jazz en une quinzaine de pièces, en grande formation et avec un acteur-narrateur ainsi qu’un couple de chanteurs. Je ne peux pas en dire beaucoup plus car nous en sommes encore aux prémisses.

Comment la musique suisse s’exporte-t-elle?

Pas forcément facile quand on est Suisse de percer sur le marché francophone (pour les romands) ou germanophone (pour les suisse allemands). Swiss Music Export, organisme créé en 2003, a pour mission d’aider à la diffusion des groupes les plus prometteurs sur ces deux importants marchés européens. De retour du Printemps de Bourges, Marc Ridet, responsable de l’antenne francophone, nous explique les grandes lignes de son action:

Marc Ridet, responsable du bureau francophone SME

Chaque année, un groupe suisse est présent aux Découvertes du Printemps de Bourges. Comment arrive-t-il sur ce tremplin?
Marc Ridet: Nous faisons office de sélectionneur pour le Printemps de Bourges en leur proposant trois ou quatre artistes suisses. Nos critères de sélection sont essentiellement:
– que le groupe ait une structure autour de lui: management ou éventuellement label. Cela ne sert à rien d’amener un artiste vers un tremplin s’il n’a pas les moyens de suivre après.

Jean Zuber, responsable du bureau germanophone SME

– que le groupe fasse partie du programme de Swiss Music Export.
Une fois l’artiste choisi, on va communiquer à tous les professionnels

accrédités. Au printemps de Bourges, il y a environ 700 maisons de disques, tourneurs etc. Puis on va essayer de cibler la stratégie avec l’artiste. De voir de quoi il a besoin. Par exemple un agent ou un distributeur français.

Cette année c’est My Heart Belongs to Cecilia Winter qui a été présent au Printemps de Bourges. Concrètement comment s’est-il passé?
Marc Ridet: Dans le cas de My Heart Belongs to Cecilia Winter, cela a commencé à Paléo en 2010. Un journaliste de Longueur d’Ondes qui programme également des concerts à la salle de spectacles des Trois Baudets à Paris a aimé leur concert. Il les a invités au Trois Baudets où nous avons convié un des programmateurs du Printemps de Bourges. Le groupe va également jouer au MaMA qui est un salon de professionnels qui se tient dans le XVIIIè arrondissement de Paris au mois d’octobre.

Quelles sont vos autres actions en France?
Marc Ridet: Nous accompagnons les artistes tout au long de l’année et nous sommes présents dans pluieurs des grands festivals français de rock ou de chansons française: Les Transmusicales, Les Eurockéennes, Les Francofolies et le Festival Alors Chante. Parfois ce sont les programmateurs qui font directement leur choix comme c’est le cas aux Transmusicales de Rennes où se sont produits l’an dernier Filewile, Mama Rosin et Oy. Parfois il y a une sélection en amont. C’est le cas pour les Eurockéennes où plusieurs clubs suisses (dont la Rote Fabrik, le Fri-Son, les Docks…) participent au processus de sélection. Cette année c’est Honey For Petzi qui a été choisi. Nous avons aussi un partenariat avec les Trois Baudets qui propose huit à dix concerts de groupes suisses par année.

Cinq questions à Stefan Rusconi

Rusconi: un trio de jazz? Oui et… non. Le dernier opus en date, «It’s a Sonic Life» de ces trois Suisses allemands ne comporte que des reprises de… Sonic Youth. Un enregistrement étonnant, captivant. Stefan Rusconi, pianiste est compositeur du groupe, a remporté il y a deux jours le prestigieux Echo Jazz 2011 dans la catégorie « meilleur instrumentaliste national». «It’s a Sonic Life» sortira en France en septembre 2011 et le groupe sera en tournée dans l’Hexagone en octobre.

Ce weekend, le film documentaire sur le sculpteur Tinguely de Thomas Thümena est sur les écrans de Suisse-romande. Sa bande-son est encore l’œuvre de Rusconi. Explications.

Comment avez vous travaillé bande-son du film sur Tinguely?

Stefan Rusconi Le réalisateur, Thomas Thümena, avait déjà choisi trois chansons extraites de nos différents albums. Il nous à proposé d’aller en studio pour créer le reste de la bande-son. Mais le film n’était pas terminé et je sentais que ça allait être compliqué de travailler sur des scènes qui étaient encore en cours de production. Comme j’ai énormément de musique et de samples sur mon ordinateur, je lui ai proposé de travailler à partir du matériel que j’avais déjà. J’ai donc enregistré les parties additionnelles plus atmosphériques ainsi que des  beats. J’ai été puisé dans ce que nous avions fait avec le trio Rusconi ainsi que dans un autre projet plus electro, un duo de piano (Monster Piano Sessions).

Pourquoi avoir choisi de faire un album de reprises de Sonic Youth?

Stefan Rusconi J’ai toujours été un fan de Sonic Youth que j’écoute depuis 12 ou 13 ans. Cela dit, cet enregistrement n’était pas prévu. Nous étions partis sur autre chose, mais deux semaines avant l’enregistrement, nous nous sommes rendus compte que cela n’allait pas fonctionner. J’ai proposé à Fabian Gislers (double basse) et à Claudio Strüby (batterie-percussions) ce concept. Fabian et Claudio ne connaissaient pas tout Sonic Youth. Parfois, ils découvraient le morceau quand je le jouais au piano. Du coup cela amenait une approche beaucoup plus fraiche, plus décontractée. Sonic Youth a une approche très ouverte de la musique, qui laisse énormément d’espace. De faire un travail comme celui-ci, nous a donné beaucoup de confiance. Finalement, nous nous sentons plus libres maintenant que nous avons travaillé ce répertoire.

Pourquoi avoir choisi le jazz si vous étiez fan de Sonic Youth?

Stefan Rusconi C’était une erreur! Non, sérieusement, je pense qu’on trouve dans le jazz des moments de liberté que l’on ne trouve pas dans d’autres musiques. Je n’aime pas jouer du jazz comme le faisaient nos parents. J’aime improviser, changer, transformer pour arriver à ma vision musicale.

Vous vivez depuis deux ans à Berlin. Pourquoi?

Stefan Rusconi A Zurich, j’avais atteint un point où j’avais l’impression que mon environnement me bloquait. Je suis convaincu qu’il ne faut pas chercher à être toujours efficace. A Berlin, je trouve un peu de cette folie dont j’ai besoin. Le rapport à la musique est différent. Tout le monde va au concert. Même sans connaître les groupes, par curiosité. Ça coûte 5 € et ce n’est pas compliqué. Vous pouvez allez voir un concert et trouvez ça archi-nul ou être transporté et cela ne porte pas à conséquence. On est dans un espace non-planifié, parfois chaotique, parfois sublime. Il y a une liberté que je n’ai vu nul part ailleurs. Et pourtant j’ai pas mal voyagé.

Dans quel contexte, aimez-vous jouer?

Stefan Rusconi Nous jouons dans les circuits traditionnels, festivals etc. Mais ce que nous préférons c’est sortir de ces circuits pour jouer dans des théâtres désaffectés ou autres lieux incongrus. Cela demande plus de boulot, plus de promotion, mais cela attire aussi un autre public.

 Rusconi, «It’s a Sonic Life» (Sony Music en Allemagne et en Suisse). Sortie française prévue début septembre

Tinguely (le film). Jusqu’au 19 avril aux Galeries du Cinéma et au Cinéma Scala de Genève

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