Sex & Videos & Rock’n’roll

La pop suisse s’est trouvée un nouvel étendard visuel: tous à poil!

Une obsession de la jambe à l’air qui transcende les “genres” de la folk au slam. Oubliée la grande déclaration de Clémenceau, “le meilleur moment de l’amour, c’est quand on monte l’escalier“. Ce qui compte maintenant, c’est de faire tomber la feuille de vigne.

Anna Aaron “Linda”
On aurait pu croire la Bâloise aussi sage que ses chansons

Dans son précédent clip “Stellarling”, Anna Aaron se montrait en Piéta dans les bois, tenant délicatement son hipster christique sur ses genoux, avec la douceur d’un cours de catéchisme. Mais sur “Linda”, elle oppose sa beauté froide et ses rondeurs serrées dans un pull moulant, au corps nu, terriblement sec, de la danseuse et performer Oriana Cereghetti.

Introduction plastique, anti-érotique, à la morphologie humaine qui s’offre aux regards devant un mur noir et quelques néons. L’esprit torturé par Godwin pourrait y trouver des réminiscences contemporaines des “Dieux du stade” (ceux du documentaire allemand avec Leni Riefensthal, pas le calendrier des rugbymen français), pourtant si éloignées des jolies élégies de son dernier album “Neuro”, à paraître en Suisse le 28 février (et en France le 11 mars).

Kadebostany “Jolan”
Erotisme crypto-fasciste et vaguement sado-maso…

C’est  le parti-pris visuel des derniers clips de Kadebostany. Alors même que la fanfare électro semblait plutôt lorgner du côté des anciennes démocraties populaires de l’Est, le grand leader Kadebostan, en costume d’apparat, s’y montre toujours entouré de deux amazones aux jambes gracieuses et aux poses ouvertement lascives sous l’uniforme. Sans hésiter à enlever le haut parfois, mais toujours de manière fugace.

Comme chez Anna Aaron, ces visions subliminales s’appliquent sur fond noir et néons clinquants, pour mieux mettre en valeur cette esthétique d’une froideur infinie. Un choix d’autant plus étonnant que les paroles de “Jolan” semblent dire le contraire de ce qui est montré ” Ho, je me sens si haut quand tu es prêt de moi […] et je suis sûr que nous pourrons traverser l’univers” chante Kadebostan avec un romantisme insoupçonnable derrière se poses martiales.

Puts Marie “Pornstar”
Chez les Puts Marie, on se fait plus explicite…

Les rockers de Bienne, parmi lesquels Nick Porsche, réanimés après une longue période de sommeil, ont frappé un grand coup avec “Pornstar”, tiré de leur EP, au titre tout aussi transparent, “Masoch”. Emmenés par leur chanteur-acteur de théâtre, Max Usata, ils ont recréé en studio une sorte de boîte échangiste délirante, presque sortie d’un film de Fellini, où les corps plus ou moins gracieux se mêlent sans complexe dans un même élan hétéro et gay-friendly. Un choix qui a le mérite de faire sens: leur nouvel album, mi-rappé, mi-chanté, les voit explorer l’auto-destruction et la provoc authentique.

 

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