Au Canada, avec le batteur des Mama Rosin

Victoriaville (Québec), le 27 juin,

Xavier Bray

J’aurais aimé prendre le temps de raconter ces quinze jours au Québec. Faire d’abord un tour rapide sur l’histoire de ce pays pour ne pas toujours tourner autour du cliché : Conquête des Amériques=Génocide des Amérindiens. Car même si Christophe Colomb a vraiment éradiqué les tribus des Bahamas de la surface de la terre, un peu plus haut, au nord il s’est passé des jolies choses. A l’époque où le Canada n’était qu’une “forêt confuse”.

Ouais ça aurait été bien de raconter comment, par le biais des “truchements”, certains européens ont donné tout son sens au mot “acculturation”. Comment au XVIIème siècle, ces mal-aimés des vieux continents ont traversé le grand océan pour devenir purement et simplement des “indiens blancs”. Raconté par les missionnaires assermentés aux états souverains cette histoire est sordide, mais raconté par ces “coureurs des bois” eux-mêmes, on se permet de rêver que l’homme a du bon en lui. Quand même. Et puis j’aurais, bien sur, pris le temps de raconter notre arrivée à Montréal, où à chaque coin de rue, tu as l’impression de revoir un vieux pote. Ici on ne dit pas “bonjour”. On dit : “bonjour, comment ça va c’matin?”. Et ça change beaucoup de choses.
Ha pis j’aurais raconté notre rencontre avec Lisa Le Blanc, ce petit bout de femme qui ne fait absolument pas semblant de chanter des chansons. Invités ici et là par les bons artistes de notre bon label Bonsound, nous nous sommes sentis simplement bienvenus.

Vous auriez bien rigolé si je vous avais raconté le matin ou j’ai confondu ma crème pour le visage (bah oui quoi… Faut s’hydrater!) avec mon dentifrice, et que…hum…ma tête…”Non madame, c’est pas le soleil, c’est mon dentifrice.” J’aurais sûrement aussi raconté notre périple au nord. Quand on a suivi le fleuve Saint Laurent qui, à 1000 km de l’océan, fait déjà 20 km de large. Les deux day off à Tadoussac qui ont été réduits à un, car on a trouvé un concert pour se payer la bouffe d’un soir. Et puis cerise sur le gâteau, ils nous ont offert un tour en ferry pour aller voir les baleines. Au large du “plus vieux village du Canada” j’aurais raconté qu’il se trouve un mélange étonnant d’eau douce et d’eau de mer qui offre aux grands cétacés de quoi se nourrir en quantité. De mon côté je vous aurais avoué que je me suis chopé une fièvre de cheval dans les 39°, donc les baleines je m’en foutais un peu (mais qu’est-ce que tout le monde a avec les baleines!?!). J’ai donc laissé les touristes japonais et leurs jumelles…(oui moi aussi j’ai trouvé louche que des japonais viennent admirer des baleines…A mon avis c’était plutôt du repérage…enfin je dis ça je ne dis rien). Je me suis donc réfugié dans la cabine pour griffonner quelques poèmes dédier à une déesse lointaine. C’est quand la biologiste a crié “A 9h!!” et que les japonais se sont rués à bâbord que j’ai daigné sortir le bout de mon nez dans le vent glacial. Et puis là, effectivement, voir un troupeau de 60 bélougas nager à coté du bateau m’a impressionné. C’est drôle ces animaux…Ça ressemble à un gros pénis circoncis tout blanc. Bon, oui pardon pour la ressemblance mais allez voir des photos ça saute aux yeux.

J’aurais expliqué comment j’ai été troublé par les indépendantistes Québécois dans ce “Grand” nord. Pas du tout gênés de chanter à tue-tête que l’ennemi juré c’est l’Anglais. J’ai tenté de leur expliquer qu’en France aussi, on avait des rigolos en Corse avec armes et cagoules (en fait non, c’est pas rigolo du tout). Ils n’ont pas aimé la relation je crois. Enfin, de toute façon, je ne me permettrais pas de donner mon avis sur la question. Car un peu chauvin, j’aurais avoué qu’il y de belles choses chez les francophones ici, et que chez les anglophones c’est pas la même.

J’aurais pu parler de la langue du coup. Et notamment d’un mot : “Tantôt”. Je l’adore. Il arrive à exprimer le passé ou le présent. Par exemple : “On ira se boire une bière tantôt” ou alors “c’était bien de se boire une bière tantôt”. Et puis j’aurais pas pu m’empêcher de parler de la peur qu’il y a ici que la langue anglaise devienne trop présente. Pourtant j’explique qu’en France on va faire du shopping alors qu’ici on fait du magasinage.

Aurais-je osé raconter nos concerts devant des Québécois souriants et étonnés de voir des Suisses faire du Cajun.
Où plutôt vous dire comment je me sens lorsque pris d’une de mes sempiternelles insomnies-mélancolie, j’ère à 4 heures du matin dans le hall de l’hôtel à la recherche d’alcool et de tabac.

Ouais, j’aurais vraiment aimé vous raconter tout cela. Mais je ne vais pas passer mon temps devant mon ordi quand même!!
Enfin. Pour certains ça va bientôt être les vacances, alors je vais me mettre en vacance de récits aussi. Et si je suis encore vivant on se verra à la rentrée.
Mais sachez que j’aurais vraiment aimé…

Après le Canada, les Mama Rosin sont visibles sur les scènes suivantes

04.07.2013 – Jazzparade, Fribourg SWITZERLAND
19.07.2013 – Colours of Ostrava, Ostrava CZECH REPUBLIC
20.07.2013 – Gartenfestival, Bern SWITZERLAND
23.07.2013 – Paléo, Nyon SWITZERLAND
24.07.2013 – Les allées chantent, Grenoble FRANCE
25.07.2013 – Les allées chantent, Grenoble FRANCE
26.07.2013 – Les allées chantent, Grenoble FRANCE
27.07.2013 – Blue Balls, Luzern SWITZERLAND
01.08.2013 – Yverdon-Les-Bains SWITZERLAND
02.08.2013 – Esperanzah Festival, Namur BELGIUM
10.08.2013 – Guiness Festival, Sion SWITZERLAND
11.08.2013 – Heitere Open Air, Zofingen SWITZERLAND
16.08.2013 – Sounds of the Forest, Erbach GERMANY
17.08.2013 – Zone Piétonne, La Neuveville SWITZERLAND
18.08.2013 – Theaterspektakel, Zürich SWITZERLAND
20.08.2013 – Mardi Sablés, Excenevex FRANCE
22.08.2013 – Nest Collective / SBC roof top, London UNITED KINGDOM
23.08.2013 – Purbeck Folk Festival, Purbeck UNITED KINGDOM
25.08.2013 – Towersey Festival, Towersey UNITED KINGDOM
26.08.2013 – Greenbelt Festival, London UNITED KINGDOM
16.10.2013 – MaMA Festival, Paris FRANCE

“By Bye Bayou” de Mama Rosin consacré

MJCR020_HumanExpression_Front300Tes les Federer du rock indépendant, les Genevois de Mama Rosin viennent de décrocher le prix du meilleur album de “alternative country” aux IMA, Independent Music Award. Cette distinction internationale n’est pas un prix avec une somme rondelette à la clef. Elle est conçue et pensée comme une vraie possibilité de développer sa visibilité sur la scène internationale. Elle devrait donc permettre à nos deux héros helvétiques, assistés de leur compère et batteur français, de décrocher plus de gigs, d’obtenir une meilleure distribution, bref d’aggraver leur hyperactivisme déjà bien développé.

 

affiche soirée 13 juinJustement jeudi soir, les Mama Rosin organisent à Genève (au cinéma Spoutnik) une soirée en l’honneur d’Alan Lomax, avec une performance de Eric Isaacson, le boss du label Mississipi Records (qui a réédité plusieurs enregistrements du père de l’ethnomusicologie) et célèbrent la sortie, sur leur label MoiJConnais Records, d’un disque culte du groupe de rock psychédélique californien, Human Expression. Ah oui, j’oubliais… les Mamas vont aussi passer des disques et en vendre. Une question reste en suspens: quand est-ce qu’ils dorment?

Mama Rosin à la rencontre de Moriarty

imagehautsiteMoriarty et Mama Rosin sortent tout juste de l’enregistrement de 5 titres communs, à paraître le 20 avril dans le cadre du «Disquaire Day 2013». Ils se sont donnés rendez-vous pour célébrer la chose à la Flèche d’Or dix jours avant cette date. Moriarty ouvre le bal. A Paris, les franco-américains de Moriarty jouent à domicile et leur réputation n’est plus à faire, ce qui n’est pas le cas du trio helvétique, inconnu de la plupart des spectateurs.

Natifs de Genève, la musique des Mama Rosin baigne dans le blues suintant de la Louisiane et se permet de multiples écarts géographiques vers la Nouvelle-Orléans ou les Caraïbes. Lorsque les neufs musiciens sont réunis sur la petite scène de la Flèche d’or, ils  attaquent les titres communs et la sauce prend instantanément, comme si les deux entités avaient toujours joué ensemble. Banjo et violon croisent le fer avec harmonica et contrebasse, les accordéons sont de sortie, et le bottleneck est de rigueur. Ces morceaux inédits donnent l’impression d’avoir toujours existés, comme un bon vin resté à la cave et qu’on ressort pour une grande occasion. «Ginger Joe» et sa grosse rythmique fait immanquablement taper du pied. «Every Night» est plus dans le style des Moriarty, mais le banjo de Robin Girod de Mama Rosin fait merveille aux côtés de l’harmonica de Thomas Puéchavy. Après ce voyage outre-Atlantique, on revient en Europe avec «Sept jours en mer». Sans doute un des meilleurs moments du concert. Dans un style peu abordé jusque là, les deux groupes nous proposent un chant de marin aux allures de légende traditionnelle celtique. Les «sombres héros de l’amer» de Noir Désir ne sont pas loin, et comme souvent dans ce genre d’histoire de sirènes et de navires perdus, c’est simple, efficace et terriblement poignant. Rosemary de Moriarty qui chante en français, c’est superbe et suffisamment rare pour être signalé! On est sous le charme délicieusement vintage de cette formation éphémère.

Moriarty & Mama RosinMoriarty quitte temporairement la scène pour laisser les trois rockeurs suisses prouver au public français qu’ils en ont sous la pédale. Sans crainte, ils nous balancent leur blues rock de la Louisiane helvétique. Leur univers est bariolé. Il mélange allègrement le Mississippi et le Québec, comme si Jimmy Page et Robert Plant s’étaient initiés aux mythes vaudou et à la danse Two-Step du Texas. On comprend mieux pourquoi Jon Spencer du fameux groupe  new-yorkais Jon Spencer Blues Explosion a décidé de prêter main forte à l’enregistrement de leur dernier album «Bye Bye Bayou», sorti en février dernier. «Sittin on top of the world», extrait de cet album, est représentatif du mélange des genres cher aux Mama Rosin: un riff bluesy au bottleneck soutenu par un accordéon dansant et une grosse rythmique hypnotique et rock n’roll. Il n’en faut pas plus pour faire dodeliner de la tête les 500 personnes de la Flèche d’Or, et on aperçoit même les Moriarty taper des mains en coulisses. L’effet est instantané et délicieusement addictif.

Quelques morceaux plus tard, Moriarty rejoint à nouveau les Mama Rosin sur scène pour clôturer un concert enlevé et rythmé. Pas d’artifices superflus, juste de l’énergie brute et le plaisir de livrer un concert unique, qui se termine dans un mélange de transe vaudou et de blues country et une petite traversée parmi la foule. Merci Moriarty et Mama Rosin !

 Le concert de Mama Rosin et Moriarty a eu lieu mercredi 10 avril, salle de la Flèche d’or à Paris

L’enregistrement 5 titres “Moriarty Meets Mama Rosin” paraît en vinyle en édition limitée le 20 avril sur le label Air Rytmo de Moriarty.

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