Live report, Rusconi à Paris le 11/12

Rusconi_2Grooves délirants, improvisations sans bornes et incursions pop effrénées : le Sunside a eu du mal à se remettre du passage du power trio Rusconi.

Curieux paradoxe : pour célébrer la sortie de son troisième album « Revolution » (Beejazz), qui déjoue encore plus les règles du jazz traditionnel, Rusconi se présente au Sunside, gardien d’une certain forme d’orthodoxie jazz. Voir ces trois sales gosses Suisses-Allemands prendre des libertés pop et expérimentales dans ce temple parisien policé était d’autant plus réjouissant que le public s’était déplacé en nombre, alerté par nombreuses les critiques élogieuses publiées, entres autres, dans Libération ou les Inrocks. De quoi faire saliver le malicieux Stefan Rusconi (« c’est mieux que de jouer dans une salle vide », tentera-t-il, jamais à court de blague malgré son français hésitant). Le pianiste ne laissera guère de répit à la salle. D’emblée, il attaque avec un morceau très groove qui le verra pourtant quitter vite son clavier pour farfouiller directement dans les cordes, en Thurston Moore du piano à queue, sous les yeux possédées du bassiste Fabian Gisler.

Voilà le leitmotiv de ces deux sets de 70 minutes : détourner l’instrument de sa fonction première pour libérer leur inventivité sans complexe, se muant peu à peu en power trio, plus proche du « rock instrumental » que du jazz. Sur « Change, Part 1 », Rusconi lancera des ambiances sur une guitare électrique (avec archet et bottleneck), le batteur Claudio Strüby à la basse et le bassiste… au boucle hypnotiques de piano. Une apologie de l’irrévérence qui prendra tout sens sur « Alice in the Sky » (« un mélange de Lucy in The Sky et d’Alice au pays des merveilles, avec des cuillères dans le piano », résumera Strüby, hilare), monument de jazz spatial déconstruit, sur les solos, habités et habitants, où sur l’intermède « vinyle » : un drôle d’exercice de style, où un membre du groupe fait écouter un morceau de son choix (en l’occurrence, « Wrong », de Depeche Mode »), avant que le trio improvise sur le thème. Et pour achever de défriser le public du Sunside, Rusconi concluera la soirée par un clin d’œil à son album précédent en reprenant magistralement le « Hoarfrost » de Sonic Youth. Pas étonnant que pour son prochain concert parisien, le groupe devrait se présenter dans une salle habituellement réservée à la pop, le Café de la Danse, en mars.

Plus d’infos par ici: rusconi-music.com

Le disque du mois de novembre: “l’Envolée” de Stephan Eicher

Il y a un cliché qui revient souvent à propos de Stephan Eicher, depuis le tout de début de sa carrière, dans les années 80: pour un artiste solo, le Bernois a toujours su parfaitement s’entourer. Et même s’il a consacré ces cinq dernières années à rééditer ses tout premiers morceaux, époque Grauzone ou Spielt Noise Boys, où à intervenir sur des projets ponctuels (l’hommage à Alain Bashung, notamment), son retour discographique ne déroge pas du tout à cette sacro sainte règle.

A 52 ans, mais un enthousiasme de jeune homme, Stephan Eicher a pioché aussi bien dans les jeunes pousses folk françaises à la réalisation (Mark Daumail de Cocoon,), qu’aux vieux briscards anglo-saxons (Volker Zander et Martin Wenk de Calexico, William Tyler, de Lambchop), aux vieux amis lettrés (l’écrivain Philippe Djian, un fidèle) qu’aux plumes inédites (Miossec ou Fred Avril). Un vrai travail d’équipe qui sert simplement à sublimer l’art du chant juste, de la guitare tendre, du clavier bien ajusté, du vieux cow boy du rock suisse.

Quand Miossec, toujours aussi accablé par l’existence, lui écrit le neurasthénique “Disparaitre”, c’est bien Eicher qui, la voix faussement fragile, lui donne toute sa puissance émotive et en souligne le sens potentiellement subversif. Quand ses compères tentent une inattendue excursion mariachi sur le bien nommé “l’Excursion”, c’est bien ses écorchures qui fait souffler un vent épique que n’aurait pas renié Tom Waits. Lui encore qui fait le lien entre la diversité des styles explorés ici, point commun entre du rockabilly jazzy (“dans ton dos”), des ballades au piano en suisse-allemand (“Du”), les ambiances hypnotiques, quasi new wave (“Donne moi une seconde”) ou les grandes envolées de corde, justement. Un très beau disque écrit à plusieurs, et à apprécier seul.

Stefan Eicher, “L’Envolée” (Barclay)

Stefan Eicher sera en concert à Nimes le 6 décembre, à Bruxelles le 13 décembre et à Paris le 17 décembre. Sa tournée complète est consultable sur son site internet.

L’Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp à Paris

Passage remarqué du ready-made musical franco-suisse aux confins du jazz, de la transe africaine et de la musique contemporaine dans une petite salle parisienne, l’Espace B. Retour sur cette sourde déflagration du 22 octobre dernier.

Tapis élimés au sol, murs de craie décorés de manière aléatoire, bière pas chère pour faune autant enthousiaste que désargenté : l’Espace B à Paris pourrait aussi bien évoquer l’arrière-boutique d’un bar de Brooklyn qu’une cave autogérée à Lausanne. Cela tombe plutôt bien, l’Orchestre Tout-Puissant Marcel Duchamp (OTPMD) raffole de ces salles atypiques, joyeusement underground et indie : normal, tout a commencé pour le groupe franco-suisse du Genevois Vincent Bertholet (à la double basse ou à la contrebasse) dans les méandres artistiques dans un des squats de la « Cave 12 », l’association de soutien aux musiques expérimentales sur les bords du lac Léman. Pour sa tournée française fin octobre, qui passait également dans quelques villes exotiques (Bayonne, Tulle ou Clermont), l’OTMPD se devait donc de faire honneur à cet Espace B qui lui ressemblait tant, délicieux foutoir sans frontières. Et même serrés  sur la scène symbolique de cette petite salle, les six musiciens ont laissé s’épanouir leurs morceaux-gigognes – tirant parfois leurs jams « jazzcore » pendant plus de dix minutes. Aux allures hypnotiques du marimba de l’excellente Aida Dop répondait la batterie furieuse de Wilf Plum (dont on aurait bien vu les mythiques Dog Faced Hermans déflorer cette salle) ; parfois, le trombone de Seth Bennet marquait le temps, plus souvent il se déchainait comme un samedi soir dans un petit club de Lagos ; Liz Moscarola dansait parfois la gigue derrière son violon, comme un écho à son diplôme d’éducation somatique (une discipline d’éveil du corps) et et s’attachait avec Vincent Bertholet à lier les diverses transes du groupes en cris-soubresauts. Une bulle d’air que le public a respiré profondément.

Prochain concert en Suisse romande au City Club de Pully le 19 décembre!

 

Boy, bientôt en France

A nouveau sur les routes d’Europe, alors que leur premier album « Mutual Friends » va paraître en France, Valeska Steiner et Sonja Glass, alias Boy, nous parlent d’espoirs comblés, de chambres d’hôtels vides… et de leur obsession pour les pâtes au pistou.

Vous attendiez-vous à avoir autant de succès ?

Sonja Glass : Au contraire, ce qui se passe avec Boy dépasse de loin toutes nos espérances. Nous avons écrit cet album pendant deux ans, dans une toute petite chambre et nous nous retrouvons maintenant dans les plus grands festivals d’Europe. A vrai dire, nous voulions simplement que notre musique soit un peu entendue et nous  étions largement prêtes à produire nous-mêmes quelques centaines de copies. Maintenant, jouer en France et en Angleterre, c’est inespéré… et ce n’est pas fini : nous allons faire une tournée en première partie de Katie Melhua et nous llons voyager en Norvège, Suède, Pologne et au Danemark. En tous cas, c’est assez rassurant de voir que notre persévérance a porté ses fruits !

Votre premier album, “Mutual Friends” qui paraît début octobre en France, parlait principalement de vos amis à Zürich. Ce sera encore le cas pour le prochain ?

Valeska Steiner : (Rires) Peut-être, mais j’en profiterai pour montrer  à quel point ils nous manquent! Déjà, nous sommes basées à Hambourg, et nous ne sommes jamais en Suisse, sauf pour les concerts ! Pour l’instant, il y a une chanson qui sera très certainement sur le prochain album, et que nous jouons déjà en concert, « Room 362 ». L’histoire de deux personnages, un businessman en voyage d’affaire et une femme à la beauté fânée, qui se languissent. C’est ce que je ressens, parfois, en tournée, et cette chanson est comme une réponse au dernier morceau de Mutual Friend, « July », qui au contraire décrit un moment de bien-être absolu – elle commence d’ailleurs par « enlevez vos chaussures », ce qui fait bien rire notre batteur !

Et à part la musique, quelle serait votre plus grande obsession ?

Sonja Glass : Eh bien, à part la musique… ce serait ma basse! Malheureusement, quand nous devons jouer sans notre groupe, je suis obligée parfois de prendre une vraie guitare (rires)…

Valeska Steiner : Quand nous avons composé l’album, notre seule obsession, et notre vrai moment de détente après nos 12h de travail quotidien, c’était un immense plat de pâtes au pistou. Banal, hein ?

Boy, “Mutual Friends” (label Grönland Records). Sortie française le 1er octobre.

Prochains concerts:

Strasbourg, La Laiterie, le 24 septembre

Metz, Les Trinitaires, le 25 septembre

Paris, La Maroquinerie, le 27 septembre

Amsterdam, Paradiso, le 28 septembre

Bruxelles, Le Botanique, le 29 septembre

Monoski, de New York à Paris

Après les Etats-Unis et la Suisse, les Romands Floriane Gasset et Lionel Gaillard s’apprêtent à exporter leur duo orageux et minimal de l’autre côté des Alpes. Portrait, « sans pression particulière ».

« Il y a dix ans, nous n’aurions sans doute pas pu faire cette tournée en France », explique Lionel, dit aussi « Husky », « mais grâce aux réseaux qui se sont développés en Suisse, cela a été finalement très facile. » A l’approche de leur première tournée en France, les deux membres de Monoski gardent la tête froide. Après tout, ils ont déjà eu leur première expérience à l’étranger, aux Etats-Unis.

Ces deux passionnés de musique, actifs dans les milieux alternatifs suisses depuis une quinzaine d’années sont partis à New York deux ans. Pour travailler, d’ abord. Mais la ville du rock et de Sonic Youth, leur référence absolue, leur a inoculé le virus : il fallait qu’il monte un groupe. Leur groupe, à eux. Floriane derrière les fûts, énergique ou faussement apathique, Lionel derrière sa guitare pour des riffs rageurs, à la frontière du blues-rock et du noise. « Nous n’intellectualisons pas » assènent-ils en cœur, toujours à la recherche du « bon groove ». Pour les textes, les deux ont gardé en tête leurs quatre mois de road trip dans le sud des Etats Unis et aux Mexique ; ils en ont gardé des images, celles des chevaux morts sur le bord de la route (« Dead Horses ») ou des visions de prisons vides (« Empty Jail », qui ouvre l’album sur son beat lourd). Des visions qu’ils retranscrivent à deux sur leur premier album “No More Revelations”, comme une évidence. « Au départ nous avions un batteur, mais nous nous sommes vite rendus compte que nous étions plus efficaces à deux » avoue Lionel, «  du coup, nous avons cherché à transformer nos limites en force ».

Quitte à s’attirer la comparaison rituelle avec les White Stripes ou les Black Keys, glorieux ainés adeptes de la formule « guitare-batterie ». Mais de cela aussi, ils n’ont cure : « Ils ne sont pas du tout une source d’inspiration ! » assure Floriane. « A vrai dire, nous avons acheté leurs disques après avoir composé l’album, plus par curiosité : pour voir comment eux géraient les contraintes du duo ! ». C’est sûr, en terme d’envie et de fureur, les spectateurs de Paris ou de Lyon ne verront pas la différence.

A écouter ici !

Monoski sera en concert le 5 septembre à Thionville, le 6 septembre à Strasbourg, le 7 septembre à Paris (Batofar), le 8 septembre à Rennes, le 27 septembre à Lyon

Oy, from Berlin with love…

C’était il y a quelques mois, à Berlin. Joy Frempong, alias Oy, investissait une ex piscine reconvertie en centre d’art (le fameux Stattbad) pour une mini concert privé organisé par et pour la chaîne française Mezzo. L’occasion où jamais de connaître les raisons qui ont poussé l’ancienne vocaliste du groupe Stade avait quitté Zürich pour déménager dans la capitale allemande.

Joy Frempong :

1) parce qu’elle pouvait le faire: « Cela peut paraître idiot, mais en tant que musicienne, je peux travailler n’importe où. Je suis née au Ghana, j’ai grandi en Suisse : il était logique que j’essaie de m’installer ailleurs… a fortiori dans une grande ville où l’art n’est pas considéré comme une niche et concerne presque tout le monde. Ce qui reste étrange, tout de même, c’est que je continue à faire l’essentiel de mes concerts en France et en Suisse, pas à Berlin. Cela a un bon côté, cependant : je peux me consacrer entièrement à l’écriture, à l’écart du circuit, dans mon propre studio ».

2) pour trouver un environnement propice à son travail solo : «  mon travail en solo prend finalement beaucoup d’espace, avec son mélange de jazz, d’électro intime, de voix samplées, d’expérimentations sonore… et l’espace, je ne peux le trouver qu’à Berlin avec ses grandes friches ou ses appartements peu chers. C’est réellement un environnement que je peux relier à ma musique, aux sensations qu’elle procure et qu’elle me procure. ».

 3) pour faciliter les collaborations : «Il y a tellement d’artistes à Berlin que je n’ai aucun mal à échanger ou à collaborer. A Zürich,  j’avais beaucoup travaillé avec d’autres musiciens, comme Stade ou Filewile, mais ici, c’est encore mieux ! J’ai notamment pu participer au projet jazzy hip hop de Sig, « Free Cinematic Sessions », en enregistrant mes voix dans mon studio… »

 L’émission Jazzed Out In Berlin avec Oy a été diffusée sur Mezzo en juin 2012. Oy sera en concert au Festival de la Cité samedi 14 (arches du Pont Bessières),au Festival de la Bâtie à Genève le 11 septembre et à la Cigale (en première partie de Sandra Nkaké) le 13 octobre dans le cadre du Festival île de France

I

Boy enflamme le Café de la Danse à Paris

 

Elles n’en revenaient pas, Valeska Steiner et Sonja Glass. Pour le premier véritable concert de Boy en France, après quelques showcases, elles jouaient devant une salle comble au Café de la Danse à Paris, le 18 juin dernier. Bien sûr, une partie non négligeable du public s’était déplacée pour la première partie oubliable, Margaux Avril, imposée par le label français de Boy, AZ, qui semblait avoir rameuté tous ses anciens camarades de lycée. Il n’empêche, Valeska, en petite robe et longue crinière de feu, en a oublié son français sous le coup de l’émotion : « Merci pour venir, c’est génial de voir vous et tous ces gens ». Une grammaire hasardeuse que le public a pardonnée aussi sec à la jeune Zürichoise : ce qui comptait, c’était l’interprétation des morceaux de leur premier album, “Mutual Friends”, sorti l’an dernier en Suisse et prévu pour la rentrée en France.

En format quatuor, avec Valeska au chant, Sonja à la basse (et parfois à la guitare, à son grand désarroi!), et deux musiciens aux synthés et à la guitare électrique, sans batterie donc, le duo germano-suisse laisse filer toute l’émotion de ces morceaux composés autour des souvenirs de Valeska : Il y a là « Boris », qu’elle explique être consacrée à « un vrai salaud », « Oh Boy », une chanson sur une amie de Valeska briseuse de cœurs, ou encore « July », présentée comme « une berceuse pour adultes » (sans pour autant offenser les mœurs les plus fragiles…). Une heure vingt de grâce conclue par deux rappels, l’occasion pour les deux chanteuses de s’écarter un peu de leur répertoire « connu » : tout d’abord avec « une nouvelle chanson », « Hotel Room », inspirée par leurs nouvelles errances autour du monde, et une reprise, leur version folky du tube « Bulletproof » de La Roux. Largement suffisant pour donner aux spectateurs l’envie de les réentendre dès leur retour sur Paris.

A voir aussi le clib “Little Numbers” qui a également conquis bon nombre d’utilisateurs sur Youtube.

Boy en concert Botanique de Bruxelles, le 15 juillet 2012 et dans beaucoup de festivals de l’été en Allemagne et en Suisse dont au Paléo, le 18 juillet 2012. Détails de la tournée ici!

 

77 Bombay Street à la conquête de la France

Pour 77 Bombay Street, se présenter aux Trois Baudets, petite salle parisienne historique, c’est un retour à la case départ, ou presque. En Suisse, la fratrie a déjà tout raflé, avec deux prix aux Swiss Music Awards et 80 000 exemplaires vendus de leur premier album aux jolies rengaines pop folk, “Up in The Sky”. Ici, devant une salle majoritairement assise, pour leur premier concert en France, Matt, Joe, Esra et Simri Ramon Buchli ne savent pas à quoi s’attendre et montrent même quelques signes de nervosité. Pas grand-chose, juste quelques tics d’autocontrôle, assez loin de leur énergie communicative. « Tout ce que nous pouvons nous dire, avouera Matt quelques jours plus tard, c’est que nous accomplissons l’un de nos objectifs : jouer partout où nous pouvons, quelques soient les conditions ».

Mais les apprentis voyageurs, dont le nom de groupe vient justement de l’adresse de leur maison à Adélaïde, où ils se sont expatriés au début des années 2000, n’avaient pas besoin de faire les modestes : à leur grande surprise, une partie non négligeable du public connaissait déjà les paroles de leurs tubes  et ont communié dans l’ironie amusante de « I Love Lady Gaga ». Au bout de quelques chansons, tous les spectateurs des Trois Baudets se sont levés. Comme s’ils prenaient au pied de la lettre les paroles du morceau « Up in the Sky » – une fiction où un personnage malade prend de la hauteur pour admirer la beauté du monde. Ou comme s’ils étaient tout simplement conquis par les harmonies vocales d’un quatuor à l’extraordinaire complicité : dès le plus jeune âge, les parents des quatre frères les ont poussés à chanter et à jouer ensemble, et cela se ressent comme une évidence.

Au final, ce sont des applaudissements nourris qui concluront leur tout premier set en France, à la grande joie de Matt : « Au départ, nous étions contents de gagner un peu d’argent en jouant dans les parcs. Maintenant nous jouons à Paris et c’est le public qui est ravi : c’est très excitant de pouvoir faire évoluer notre carrière, même si la compétition entre les groupes est rude en Europe. »  Pour continuer leur conquête de l’Hexagone, les quatre frères doivent encore séduire un autre public : les professionnels du spectacle et les journalistes présents au Printemps de Bourges, l’un des plus grands « marchés » du concert, à quelques jours de la sortie de leur CD sur le territoire français. - Timothée Barrière

77th Bombay Street,“Up In The Sky” sortie digitale en France le 23.04.2012. Sortie du CD en France le 14.05.2012 (Label The Freed). Sortie du CD en Allemagne le 27.04.2012.

Peter Kernel au Point Ephémère, Paris, le 1er avril 2012

Les déflagrations punk de Road to Fiasco, le groupe français qui ouvrait cette soirée au Point Ephémère, ne semblait pas avoir dérangé ce couple : pendant le changement de set, deux jeunes gothiques n’ont pas arrêté de s’enlacer langoureusement, par terre, indifférent au monde extérieur. A leur manière, ils avaient tout compris à ce qui allait suivre : Peter Kernel revenait dans cette salle parisienne quatre ans après leur dernier passage à Paris. Sur scène, le Suisse italien  Aris Bassetti à la guitare et la canadienne anglophone Barbara Lehnhoff subliment les tensions nerveuses d’un couple – le leur. De leur propre aveu, les dix heures de route qu’ils venaient de subir les avaient lessivés, mais il n’en paraît rien. En présentant principalement les morceaux de leur deuxième album White Death & Black Heart, les deux rejouent les grands marivaudages du noise punk : elle est Kim Gordon, elle est Kim Deal, il est Thurston Moore, il est Frank Black. Elle est primal, il se réfugie derrière sa guitare. Contrairement aux usages, ils se font face, ignorant presque un public fasciné par cette drôle de parade nuptiale. Rythmée par les coups de boutoir d’un batteur français originaire de Lausanne, leur danse s’accompagne de peu de mots, chaque dissonance  d’Aris répondant à un cri de Barbara, chaque mélodie lui renvoyant un sourire. Finalement, Barbara semble se faire plus pressante, sur le morceau “Hello My Friend”: « Viens voir par ici », envoie-t-elle, frondeuse. Le dénouement approche dans un final où les sons se troublent : Aris vient la rejoindre et l’enlace littéralement, tandis que leurs instruments se mêlent dans un déluge de larsens. Résultat, une jeune fille s’évanouit dans l’assistance, sans que l’on sache si c’était la moitié du couple qui s’embrassait au début. Peter Kernel conclut alors logiquement par « Panico ! This is Love » et par « We’re not going to be the same again », comme si le public n’avait pas (encore) compris le message. Las, pour se remettre de cette parenthèse fusionnelle, les spectateurs auront ensuite droit de se relaxer grâce aux envolées pures de This Will Destroy You, alter ego texan de Mogwai venu conclure ce plateau.

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