Les disques de l’été de Fauve

On a demandé au chanteur et compositeur pop suisse romand, Nicolas Juillard, aka Fauve, de nous faire une sélection de 5 disques qu’il emporterait sur une île déserte. Voici sa réponse:

“Précisions d’emblée que je me méfie des îles désertes. La mélomanie, comme je la conçois, est surtout faite de diversité, d’envies changeantes et de goûts discutables. Le problème avec les choix d’île déserte, c’est qu’on se sent obligé d’envisager le long terme, et du coup, on table sur des classiques insubmersibles, alors qu’au quotidien, on sera parfois plus heureux d’écouter un Joe Henderson de série B que le toujours génial Coltrane, un Pretty Things erratique plutôt qu’un Beatles, ou un bon Nôze en lieu et place de Stevie Wonder. L’île déserte idéale, c’est évidemment celle qui contient tous les disques de la création. Ceci étant posé, voici sans ordre particulier, mon top 5 temporaire…”

Beatles, “White album”, 1969

La définition la plus large, donc la meilleure pour moi, de ce qu’est la pop. Un laboratoire fabuleux gorgé d’inventions baroques et de tubes insensés, portés par une jubilation d’exécution communicative. Modèle absolu.

Tim Buckley, “Lorca”, 1970

Pink Floyd, Miles Davis et Leadbelly se donnent rendez-vous sous les étoiles. Un ovni d’une audace farouche, d’un lyrisme et d’une hauteur de vue inégalés, enregistré dans cette année miraculeusement féconde, 1970. A 23 ans… Dans la même pochette, je glisserai bien en douce le “Laughink Stock” de Talk Talk et “Died In The Wool” de David Sylvian.

Nusrat Fateh Ali Khan, En concert à Paris (5 volumes), 1985

Pour passer le temps sur un île déserte, quoi de mieux que des pièces de 20 minutes qu’on peut écouter en libre succession, perdant toute notion de l’espace et du temps? La beauté stupéfiante des voix, la fausse simplicité de cette musique sacrée dont je ne sais presque rien m’enchante depuis que j’ai découvert ce coffret miraculeux, à Paris, justement.

Harco Pont, “Jibberish”, 2003

Un disque j’ai essayé en vais de faire adopter par tous mes amis. Des ébauches de chansons, des miniatures funk, blues, folk, electro qui partent dans tous les sens, un côté lo-fi magnifiquement maîtrisé par un Hollandais dont j’attends désespérément des nouvelles. A chaque fois que j’écoute, j’ai l’impression d’entendre une suite de démos, telle que j’en fais dans mon iTunes pour mes propres disques. Sauf qu’ici, toutes les idées sont géniales.

Richard Wagner, “Der Ring Des Nibelungen ” (Georg Solti, Wiener Philarmoniker, 1958-1965)

Une oeuvre-monde, quoi de mieux pour l’île déserte? Difficile de retenir une seule interprétation de ces quelque 15 heures dans lesquelles chaque seconde fait sens. La puissance inouïe de cette musique la richesse thématique et le goût de l’épopée font que j’y reviens régulièrement. J’ai logé une allusion discrète à l’Or du Rhin dans la première chanson de mon dernier disque “Cotton Fields”. Dans le passage de rupture, façon chant de bagnards, on peut deviner le martèlement rythmique des nains de la mine dont Wagner, en génie visionnaire, a fait les esclaves du libéralisme avant la lettre, inventant au passage l’électro industrielle.

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